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2. La vie du Psychologue Clinicien H/F

Prédiction du monde du travail

Le Psychologue Clinicien a été prévenu avant même sa formation : son secteur professionnel est bouché… Incontestablement, puisque le Psychologue Clinicien peine à trouver un stage, alors un emploi en tant que diplômé ! Il a déjà eu l’intuition de cette mise en échec et l’a même expérimentée maintes fois. S’accrochant encore et toujours à son rêve, il poursuit son parcours du combattant jusqu’à ce que vie s’en suive. Il se distingue de par son parcours et sa personnalité singuliers. Il emprunte parfois à la banque quelques sous pour continuer sa formation et part à la découverte d’autres approches psychologiques et thérapeutiques pour ne pas périr, préserver son identité, ne pas s’isoler, alimenter sa curiosité intellectuelle.

Il poursuit sa marche silencieuse dans les méandres des recherches d’emploi, consulte moult annonces dispatchées par ci par là, propose généreusement ses services à qui pourrait être intéressé par sa simple présence… Candidatures spontanées en veux-tu en voilà, lettres de motivations manuscrites, curriculum vitae joliment ornementés de détails représentatifs de sa motivation, le jeune Psychologue Clinicien casse sa tirelire pour se procurer papier, encre, enveloppes et timbres et expédie ses candidatures, porté par sa foi, même s’il croise les doigts derrière son dos en même temps qu’il glisse dans l’urne de la boîte postale ses petits bouts de papiers précieusement réunis : son avenir réside peut-être dans cet acte anodin ?

Le Psychologue Clinicien est enfin convoqué pour un entretien d’embauche. Sa passion, sa jeunesse, sa fraîcheur, son manque d’expérience plaît à un employeur, incroyable !

« Hallelujah mes confrères et mes consœurs ! Mes prières sont enfin exhaussées ! », s’exclame le jeune diplômé, le cœur empli d’allégresse…

Baptême des Ministères

Premier contrat signé… Le Psychologue clinicien admire son contrat où il lit : « H/F  s’engage à exercer la fonction de psychologue clinicien auprès de X, à temps incomplet, pour une durée de travail équivalent à 50% à la durée légale prévue par le décret N°… (…) Il ou elle assurera toutes les missions, études ou activités qui lui seront confiées (…) Il ou elle percevra une rémunération brute mensuelle de 889,50 euros (…) La revalorisation du contrat pourra faire l’objet d’une négociation entre les deux parties tous les trois ans. (…) Le présent contrat qui entre en vigueur le JJ/MM/AA0 est conclu pour une durée de un an renouvelable par reconduction expresse. Il comporte une période d’essai de trois mois. »

« Trois mois de période d’essais pour un contrat de 12 mois ? » S’étonne le jeune Psychologue Clinicien… « Qu’à cela ne tienne : je tiendrai les 3 mois ! », s’encourage-t-il alors.

Trois mois se passent et le Psychologue Clinicien H/F reçoit sa première fiche de salaire, du premier mois de travail dans l’institution ministérielle.

A l’an X, sur ses fiches de paie, Le psychologue clinicien constate qu’il n’y est mentionné ni le temps de travail, ni la date de début de sa prise de fonction, ni même « psychologue » comme cela y était inscrit dans son contrat. En lieu et place de son identité professionnelle, y apparait l’intitulé : « agent contractuel », et plus loin « échelon 00 ». Son salaire net qui lui revient est de 764,43 euros (soit une déduction de 155,73 euros de cotisations sociales sur le salaire brut, à cela s’ajoute le remboursement domicile-travail en IDF, ce qui représente  17,5% de cotisations sociales pour le salarié) ; les charges patronales sont alors de l’ordre de 302,25 euros (soit 33,9% du salaire brut). Coût total pour l’employeur public : 1222,41 euros TTC.

Poursuivons l’analyse du coût financier pour le Psychologue Clinicien H/F, débutant dans le monde du travail, un an après (et oui : il a passé sa période d’essai avec succès. Quoi de plus normal pour un jeune très motivé !)

En l’an Y, dans la même structure, après avoir motivé par écrit sa demande de renouvellement de contrat (alors qu’il s’agit d’une reconduction expresse stipulé dans le précédent et premier contrat), il y est mentionné cette fois : « le présent contrat, susceptible d’être renouvelé, qui entre en vigueur le JJ/MM/AA+1, est conclu pour une durée d’un an ».  Sur sa fiche de paie, il n’est plus « agent contractuel » mais « agent de santé permanent », pourtant ce n’est pas ce que renvoie le nouveau contrat… Une petite différence pourtant dans son salaire : tout a augmenté d’un petit euro, son salaire et le coût total pour l’employeur. Il regarde de plus près et constate qu’en réalité ce n’est pas lui qui revient plus cher, mais le coût de sa carte de transport pour se rendre au travail !

Bon on ne parle plus de période d’essai sur ce second contrat : tout n’est peut-être pas perdu ?

Aïe, aïe, aïe, les perspectives d’avenir se resserrent…

En l’an Z, pour la même Direction ministérielle, mais dans un autre service, avec des fonctions différentes, le psychologue clinicien s’engage dans un nouveau contrat, mais que l’institution nomme comme un « nouvel engagement ». Le psychologue clinicien se réjouit de passer d’un temps partiel à un temps plein pour voir sa paie augmenter, notamment… Il y regarde de plus près et lit : « Nouveau Contrat d’engagement (…) H/F s’engage à exercer les fonctions de psychologue, à temps complet, à … (« perpète les mirs ouilles ») (…) Il ou elle percevra une rémunération brute mensuelle de 1779,00 euros (…) Le présent contrat, qui entre en vigueur le JJ/MM/AA+2, est conclu pour une durée d’un an. Il comporte une période d’essai de trois mois.

Analyse synthétique à caractère scopique:

- non plus LA fonction de psychologue clinicien, mais LES fonctions de psychologue (tout court).

- On ne parle plus de la négociation de salaire

- On refait une période d’essai de 3 mois avec un 3ème cdd d’un an, sans évoquer le renouvellement…

La fiche de paie, que dit-elle ?

Qu’il n’y est toujours mentionné ni le temps de travail, ni la date de début de sa prise de fonction, ni même « psychologue » comme cela y était inscrit dans son contrat. En lieu et place de son identité professionnelle, y apparait de nouveau l’intitulé : « agent permanant de santé» et, plus loin, « échelon 00 »  (ça fait 6 « 00 » cumulés : « jeu, set et match ! »).

Son salaire net qui lui revient, pour un temps plein désormais, est de 1412,09 euros (soit une déduction de 413,26 euros de cotisations sociales sur le salaire brut plus le remboursement domicile-travail en IDF, ce qui représente  23,22% de cotisations sociales pour le salarié), les charges patronales sont alors de 599,71 euros (soit 33,7% du salaire brut). Coût total pour l’employeur public : 2425,06 euros TTC.

Bilan comptable :

Tandis que le Psychologue Clinicien H/F est recruté par le même employeur, ses cotisations sociales ont augmenté de 5,72% entre le deuxième et le troisième contrat, et son employeur, quant à lui, diminue de 0,2% ses charges patronales… Même Ministère, Même Administration qui mentionne dans le 3ème contrat : « Vu le contrat initial d’engagement en date de JJ/MM/AA0 », ce qui signifie la continuité du travail mais pas de traitement salarial…

Constat  au bout de 3 ans de loyaux services pour les premières missions ministérielles: le Psychologue Clinicien H/F a doublé son temps de travail, mais pas son portefeuille qui, lui, a diminué en proportion !

« Travailler plus, pour gagner plus », qu’il disait?

Peu compréhensible, n’est-ce pas ?

Mais pourquoi tant de haine ? Pourquoi se faire aussi mal, après 3 années d’expériences.

Tout simplement parce que le Psychologue Clinicien s’attache surtout et avant toute chose à considérer sa clinique, à étudier et accompagner l’homme souffrant en situation. Il s’accroche à son rôle d’aidant et de consultant, continue de se mobiliser pour les personnes auprès desquelles il se doit de garantir la vie psychique et de promouvoir leur autonomie.

Et puis il sait qu’il n’est pas seul, il continue de rêver en silence, marche et avance, si ce n’est socialement, au moins professionnellement. Il cumule de l’expérience, développe ses compétences, même si plus il travaille, moins il gagne sa vie…

 2.	La vie du Psychologue Clinicien H/F dans ETATS DES PIEUX, ou la vertu des psychologues Homme-en-oeufs-1024x682

L’Homme en situation

 

Ah, notre Père Daniel Lagache[1],

Qui êtes aux cieux,

Que votre nom ne soit pas oublié, sans relâche,

Que votre pensée règne

Que votre humanisme s’installe sur la terre comme au ciel

Aidez-nous aujourd’hui dans notre analyse de ce jour

Tolérez nos erreurs comme nous tolérons aussi

A ceux qui nous accusent de penser

Et ne nous soumettez pas au vulgaire

Mais apprenez-nous à écouter

Car c’est à vous que nous nous référons dans nos cliniques singulières

Pour les années des années

D’Histoires d’Hommes.

 

Confraternellement,

 

 

Fiolepsy.


[1] (1903-1972), Psychiatre et psychanalyste français. Il participe avec J. Lacan à la fondation de la Société française de psychanalyse en 1953 et, dix ans plus tard, à celle de l’Association psychanalytique de France, dont il est le premier président. Dans son enseignement, Lagache aborde les différents domaines de la psychologie, s’y montrant constamment soucieux de synthèse, dans l’esprit de sa remarquable leçon inaugurale sur L’Unité de la psychologie : psychologie expérimentale et psychologie clinique (1949). Mais son œuvre est essentiellement psychopathologique. D’abord d’inspiration phénoménologique, elle utilise largement les conceptions de Karl Jaspers. Fondateur et directeur d’une collection intitulée Bibliothèque de psychanalyse et de psychologie clinique, Lagache fut l’animateur du projet du Vocabulaire de la psychanalyse (1967), rédigé sous sa direction par J. Laplanche et J.-B. Pontalis. Il chercha également à introduire les conceptions freudiennes dans la psychologie sociale, pour laquelle il créa un laboratoire à la Sorbonne, et dans la criminologie ; il consacra plusieurs études à la criminogenèse. Son influence reste grande sur la psychopathologie et la psychanalyse françaises contemporaines, surtout dans le monde universitaire.

Dans son allocution à la Sorbonne en 1949, Lagache définit le psychologie clinique comme : «l’étude approfondie des cas individuels ou l’étude de la conduite humaine individuelle et de ses conditions (hérédité, maturation, conditions physiologiques et pathologiques, histoire de vie), en un mot, l’étude de la personne totale en situation». L’approche clinique se propose comme l’étude d’un « être humain concret et complet», envisagé tant dans sa «singularité» que dans son « drame ».

Celle ci se fonde sur la méthode clinique c’est à dire «la nature des opérations avec lesquelles le psychologue approche les conduites humaines».


15 mars, 2012 à 19 h 45 min


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