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3. La crise du P.C. H/F

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Le P.C. assume son éthique

 

Loin s’en faut, le P.C. ne se démobilise pas lorsqu’il est confronté à des questions qui soulèvent le devenir du sujet. Apparenté par le profane tantôt au prêtre, tantôt au médium, tantôt au « mentaliste », le P.C. prend le parti de ne révéler que ce qui s’avère utile et dans l’intérêt de l’usager qu’il prend en charge. Il n’hésite pas à apporter son éclairage autour de lui, tout en rappelant que sa connaissance a des limites, notamment en terme de prédilection. Le P.C. aborde le sujet du pronostic, à partir de l’évaluation psychologique qui lui a été confiée par son employeur.

Il n’est pas rare pour le P.C. de constater que les nombreuses et diverses missions lui afférent marque un temps d’arrêt psychique. Cette suspension du temps de la pensée est induite par le fait qu’il n’existe pas de connexion possible, à sa connaissance, entre ses observations cliniques et la visée de la prise en charge pour l’usager. Ceci s’explique en partie du fait que le but escompté par l’institution ne tient tout simplement pas compte de la subjectivité du sujet mais assujetti ce dernier à la démarche de gestion quantitative du cadre de vie dont son quotidien est soumis, partiellement, dans le meilleur des cas, ou totalement lorsque l’usager en question passe ses journées et ses nuits à l’intérieur des murs de l’institution.

Le P.C. est court-circuité. La demande institutionnelle le sidère psychiquement. Il tente alors de trouver du sens à cette demande et, la première chose qui lui vient à l’esprit relève d’une histoire lointaine dont il n’a jamais vécu l’expérience directement, et il en va de même pour ses aînés confrères. Il est de ces histoires dont on n’a connaissance que par la lecture, vestige de pratiques anciennes et qui résonnent en nous comme des mythes.

Nous parlons de ces époques, à l’ère notamment du positivisme, où les figures soignantes portaient parole d’évangile pour la société[1]. Des années entières à privilégier le symptôme visible afin d’expérimenter toute sorte de remèdes, quitte à liquéfier le patient et à le vider de toute sa substance psychique et, parfois, littéralement physique. Combien de sacrifices humains au nom de la science ? Les guerres idéologiques ne datent pas d’hier et, tel un trauma, se réactualisent[2].

« Le respect de la personne dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l’action des psychologues. »

Dans ce préambule du code de déontologie auquel se réfère tout P.C., il n’est pas seulement question de personne à qui s’adresse nos actions, mais sa dimension psychique constitue même notre fondement, notre raison d’être et de penser. Car toute action de notre part, suppose une démarche réflexive au préalable. Nous ne saurions agir dans l’intérêt de l’autre sans être capables d’être agis par ce même autre, qu’il soit personne physique ou même morale.

Ainsi, lorsqu’il nous est demandé pour mission d’agir dans l’intérêt quantifiable de l’institution, comme par exemple exclure tel sujet de la structure car il agite et met à mal l’image du service et son bon déroulement, nous répondrons que nous agitons ce même sujet à répéter son identité vécu sous le mode du rejet et de l’échec ; lorsque l’institution a pour mission d’exclure de la société un sujet au potentiel dangereux, sans même avoir vécu une expérience menaçante de ce même sujet, nous répondrons que « prévenir c’est guérir » mais prédire c’est mentir ; lorsqu’un employeur souhaite de nous une certaine toute-puissance de management, pour parer à son absence, nous lui répondrons que bien mal acquis ne profite jamais et que l’honnêteté consiste à mettre en conscience ses limites, afin de ne pas déborder sur l’autre…

Le P.C. s’ajuste constamment, contrant fréquemment les a priori que les autres ont de son métier, les préjugés renforcés par la sur médiatisation d’une psychologisation sociétale, risque ô combien fascisant quand celle-ci ignore tout de ses fondements en balayant du regard seulement ce qui est vu, rarement ce qui est écouté, rassemblé en nous et ancré dans nos chaires.

La société est perverse, comme l’homme. Lorsqu’elle ne comprend que partiellement son problème, elle ordonne à son cerveau une compromission dans la réalité, compromettant les individus qui la composent, ignorant l’altérité et fermant yeux, bouchant ouïe, confiant son odorat au plus féroce canin, obstruant tout dialogue avec son semblable : elle possède pleine jouissance, au détriment des autres et, sans le savoir, à l’origine d’elle-même.

Le petit homme apprends à dire « non », processus langagier hautement symbolique dans la construction du sujet, dans son expérience de séparation et d’individuation.

Le P.C. dira de nouveau non aux dérives, celles dont l’aspect et les contours revêtent de tentations narcissisantes, car il se remémorera que si les alléchantes propositions ne sont pas en adéquations avec son éthique, c’est que justement, le sociétal rejoue avec nous notre identité de vécu professionnel qui démarre souvent dans un rapport de maltraitance statutaire.

Non loin s’en faut, le P.C. préfère démissionner que d’être en porte à faux.

S’était alors sans savoir qu’une petite graine prenait racine…

 

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Le P.C. assume sa parentalité

 

Le P.C., même s’il laisse transparaître une figure de neutralité bienveillante, est un sujet qui est capable de désir et ne relève pas du « 3ème sexe » comme certains aiment à l’imaginer. Selon son histoire propre, le P.C. a été capable de renoncements pour mettre à plus tard ses projets personnels, priorisant comme tant d’autres, sa carrière professionnelle.

A force de repousser ses projets au lendemain – prétextant que, d’une part, il attendra la fin de ses études pour fonder une famille ou que, d’autre part, il patientera d’avoir un pied solide dans le monde du travail – il regarde en arrière et constate que ses multiples CDD ont renforcé ses inquiétudes de réalisation de projet parental.

Au diable l’avarice, même en situation de contrat précaire, le P.C. a le droit d’exprimer son désir de parentalité. Il a les mêmes droits que les autres salariés en ce qui concerne ce projet privé. Il se dit que de toute manière son CDI ne se jouera pas avant six ans, en tant que contractuel de la fonction publique[3] : il est alors à mi-parcours. Son désir d’être parent est plus présent/pressent que la perspective d’un contrat durable.

Il décide, en âme et conscience, qu’il passera un contrat à durée déterminée avec son histoire qu’il décide alors de perpétuer.

Exerçant au sein d’une institution où les usagers qu’elle[4] rencontre constituent un public dont les actes représentent le paroxysme de déshumanisation, la Psychologue Clinicienne, avance dans sa grossesse et au bout de 5 mois, a eu droit à une remarque d’un collègue masculin : « et ben dites donc, ça a bien poussé ! Vous étiez dans le déni avant ? Ah, ah, ah ! », s’exclama-t-il alors virilement, exhibant devant ses collègues de même profession et de même sexe, ce terme psychanalytique dont il ne connaissait visiblement que la phonétique…

En temps normal, la P.C. aime qu’on lui fasse remarquer ses nouvelles jolies rondeurs. La violence de cette remarque la sidère (une fois de plus) et la cloue littéralement sur place. Au fond d’elle, la pensée qui lui traversa était : « j’avais remarqué que vous étiez c… mais j’imaginais pas à quel point ! ». Au lieu de cela, elle tût sa violence et lui répondît simplement: « ne vous inquiétez pas, ça fait toujours ça la première fois, ne vous laissez pas impressionner! »

De retour à son bureau, elle s’est mise à digérer cette phrase, se demandant pourquoi ? Et comment ? Elle s’est demandé qu’elle image pouvait-elle renvoyer, non pas auprès du personnel dont les compétences pour la majorité d’un corps de métier présent dans la structure marquait des lacunes certaines, mais auprès des usagers dont les carences familiales pouvaient se réactualiser.

Elle avait l’habitude de traverser chaque jour une cour de promenade fréquentée par les usagers qui y faisaient diverses activités de plein air. Elle était regardée à chacun de ses passages, elle s’y était faite. Mais ses inquiétudes portaient ensuite sur le cadre où elle menait ses entretiens individuels, un cadre où rien ne la sécurisait. Diverses angoisses traversent la psyché d’une future maman, même lorsque celle-ci en est professionnelle, nous ne n’apprenons rien.

Mais l’institution pour laquelle la P.C. travaillait n’avait tout simplement pas envisagé le cas de figure où leur psychologue serait amenée à être enceinte. Ils avaient des postes aménagés dit « protégés » pour la majorité de leurs employées fonctionnaires, mais n’avaient tout simplement pas pensé le cas de figure d’un métier dont la principale activité consistait à être en relation, dans un espace clos et confidentiel…

Lorsque la P.C. travaillait à temps partiel pour le même public mais dans un service différent, les bureaux étaient alors équipés d’une alarme et les usagers étaient escortés par des agents assurant l’ordre et la sécurité. Bon, il fallait ensuite pouvoir proposer un cadre neutre et serein pour les usagers craignant d’être épiés constamment, à juste titre.

Mais là, c’était au P.C. de s’exposer en franchissant les murs fréquentés par des sujets capables de démonstration de leur violence.

Ayant accepté un contrat à temps plein, ayant prévenu son directeur lors de son entretien d’embauche, elle s’est demandée dans quelle mesure elle n’avait pas dissimulé en elle, une partie de son bonheur grandissant, de crainte de ne pas être reconnue par les autres en tant que professionnelle (et simplement cela) lors de son entrée dans le service. Mais elle doit reconnaître que ce détail de sa vie privée avait été omis lors de la signature de son contrat en CDD auprès de l’administration centrale, de crainte de voir la possibilité d’être embauchée s’envoler…

 

Le temps passe et la P.C., de retour de son congé maternité, fait le constat d’un état des lieux catastrophique. La structure dans laquelle elle travaille sera fermée dans X temps! A peine le temps de passer en CDI, et quand bien même ce pourrait être effectif, son contrat pourra s’arrêter car pas de poste en perspective ailleurs. Comme la P.C. est contractuelle et ne pourra jamais être fonctionnaire de cet employeur public, le retour au travail ne lui semble pas très accueillant. Elle revoit ses collègues qui tiennent tous un discours démissionnaire, lui fait part de ce qui s’est passé durant son absence et la P.C. a envie de pleurer… Que de passages à l’acte hétéro et auto-agressifs tant du côté du personnel que des usagers, des deuils non élaborés par l’institution, de l’agressivité ambiante en réponse à la menace de se voir un jour partir sans d’autres perspectives que l’exclusion et la perte de tout repère. Des usagers se confrontent physiquement pour se disputer un poste vacant dans les murs de leurs lamentations : la tension règne ici, la crise ne semble pas être seulement de passage mais annonce un déclin déjà visible. La mission de la P.C., à son retour, consistait à rejouer ses compétences passées en terme d’abattage dans l’évaluation des usagers : on souhaite les pousser gentiment vers la sortie, avant la fermeture définitive des lieux de pénitence. Le tout aussi, pour répondre aux exigences d’une labellisation européenne censée faire respecter les droits de l’homme…

- Souhaitez-vous renouveler votre contrat ? Augmentation de 200 euros cette année, à la clef…

La P.C. ne veut pas participer à ce massacre, même si, après la naissance de son enfant, une petite hausse de salaire ferait bien son affaire.

Une seule question lui vient à l’esprit alors : « que devrais-je transmettre ? », pas seulement en tant que Psychologue Clinicienne mais, désormais, en tant que mère également.

 

Klimt-maternité parentalité

Le Désert de la tentation

 

Pourvoir se regarder dans un miroir… Transmettre une sécurité c’est avoir pu l’incorporer en soi déjà, ce n’est pas seulement assurer quant aux nécessités vitales, mais pouvoir survivre aux coûts psychiques des choix de vie que nous assumons, au risque de nous mettre en difficulté sur le plan matériel. Préserver son identité, en somme.

La même P.C. (sans doute n’est-elle pas un cas isolée) arrête de travailler pour être présente à la fois physiquement et psychiquement pour son enfant en bas âge. Elle sait d’avance qu’elle devra encore recommencer ses recherches d’emploi, comme à ses débuts. Quatre années après avoir été diplômée, elle revient en quelque sorte à la case « départ sans percevoir 20 000 francs », se dit-elle nostalgique. Mais elle a tant à faire en tant que mère. Elle s’occupe de son chérubin et, comme dans un miroir, elle observe le retour du refoulé avec fascination et inquiétude. L’amour berce son quotidien mais la simple pensée de retrouver un emploi satisfaisant fait changer le reflet de sa vie en un mirage.

Pas de place pour les promesses, la P.C. se mobilise et se dit avec détermination que lorsque son bébé aura 6 mois, elle pourra le confier à la crèche et reprendre une activité professionnelle. Après tout, elle n’est plus débutante et pourra se faire valoir de son expérience et de son désir de travailler.

Décidant de ne plus courir plusieurs lièvres à la fois, elle organise son quotidien entre couches, biberons, jeux d’éveil, promenades et tendresse et, lors des moments de sieste unilatérale, la P.C. effectue ses recherches d’emploi et s’adonne à des lectures pour alimenter son esprit. Les tentations de se défaire rapidement de ce quotidien répétitif – que partiellement, car l’évolution de son bébé l’emplit de joie et de fierté et elle se satisfait de la place qu’elle occupe, se consolant ainsi du manque qu’elle ressent sur le plan professionnel – sont grandes, mais la P.C. apprend de plus en plus la patience, notamment grâce à son rôle de jeune maman. « Ce que nous perdons d’un côté, nous le gagnerons de l’autre », s’optimise-t-elle alors.

Elle développe son féminin, en laissant travailler en soi, ce que l’autre dépose en elle…

 

 

Fiolepsy.


[1] En écrivant cela, il y a comme un anachronisme en flottaison…

[2] Dans notre actualité la plus récente, nous pensons notamment aux recommandations de la Haute Autorité de Santé sur les « bonnes pratiques » portées à l’autisme…

[3] Il existe des administrations, où le concours n’existe pas pour le corps des psychologues, parfois au sein d’un même ministère…

[4] Bon, il faut dévoiler une identité sexuelle à un certain moment, sinon nous entrons dans la confusion des genres et, au fil de l’histoire, vers une certaine incohérence…

 

6 avril, 2012 à 11 h 20 min


2 Commentaires pour “3. La crise du P.C. H/F”


  1. Stritt écrit:

    Chère vous qui êtes à l’origine de ces beaux articles … Je suis moi même PC et me reconnaît dans vos témoignages… Il est vrai que dans cette profession, il faut avoir cette capacité d accueillir les choses avec humour… Il faut avoir les reins solides car le monde professionnel, le cadre institutionnel est source constante de déception…
    En ce qui me concerne je vais tenter l expérience du libéral …. On verra bien…
    Excellente continuation à vous
    Et surtout n arrêtez pas d écrire….
    Christelle S.

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    • fiolepsy écrit:

      Merci à vous Stritt…
      Je suis toujours ravie d’avoir des retours de mes confrères et espère que mes écrits puissent être partagés.
      Je ne m’arrêterai pas d’écrire pour le moment, mais e n’est pas toujours bien simple d’être disponible psychiquement et de dégager du temps pour dérouler sa pensée…
      Mais votre commentaire m’a encouragé et offert une impulsion. Je pense publier un nouvel article d’ici peu ;-)
      Alors merci encore à vous!

      Confraternellement,

      Fiolepsy

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