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Au diable la parabole !

 

Au diable la parabole ! dans Chroniques parabole

« Roulement de tambours !

 

Le Fou : Oyé, Oyé, braves gens! Roulement de tambours ! Nous allons vous conter en cette hivernale journée un étrange mystère…

En cette seconde décennie du XXIème siècle, des hommes et des femmes de tout horizon se rencontrent en des lieux communs parfois insoupçonnables…

Tel fut le cas pour un drôle d’espace que l’on nomme un Centre d’Hébergement. Non, non, je ne vous parle pas de ces anciens dépôts de mendicité où tous les reclus de la société y étaient abrités mais celui-là avait la particularité d’accueillir des hommes ayant séjourné avec dieu le pénitent, autrement dit notre belle mère Justice. Dans la plus grande clémence, elle offrit une seconde chance à ces hommes ayant fauté plus ou moins sévèrement et, pour se faire, elle missionna un autre groupe d’individus, de tout genre pour les aider à démarrer une nouvelle vie. Dans leur plus grande générosité, ce groupe d’individu bénéficiait d’une multitude de savoirs faires et une quantité infime de savoirs êtres… « Infime » ai-je dis ? Oh, pardonnez cette langue fourchue qui m’a été donnée avec le temps et 50 coups de bâtons… Je m’expliquerai ou, du moins, je laisse la parole aux protagonistes de ce lieu tri dimensionnel narrer mes aventures !

 

Roulement de tambours !

Trois coups de bâtons. Lever de paupières.  

                               

Le P.C. : Aujourd’hui, je passe un entretien pour un poste en Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale en direction de « sortants de prison ». Je suis très emballée par ce contexte dans la mesure où je n’ai travaillé qu’auprès de détenus durant leur exécution de peine et là, j’ai enfin l’occasion de penser et d’accompagner leur sortie, si délicate…

Je suis un peu tendu car nous sommes lundi et la chef de service m’a contacté vendredi dernier seulement. C’est du rapide ! Espérons que le recrutement et la prise de poste le sera tout autant.

Je marche depuis 5 minutes et ça y est, je suis devant. Cela ressemble à un groupement de bâtiments d’habitation. Je m’avance. Je suis devant la porte, je ne perçois personne à l’intérieur. Je sonne. J’attends. Personne ne répond. Je sonne de nouveau. J’attends un peu plus. Toujours personne à l’horizon. Heureusement que j’avais dix minutes d’avance.

J’ai déjà entamé 3 minutes sur mon capital horaire…

Le Fou : Regardez cette misérable silhouette se tenir debout devant une porte vitrée à 9h du matin, index pointé sur la sonnette, hésitant à émettre une troisième pression afin de faire entendre sa présence à qui voudra bien lui répondre ! Que va entreprendre le P.C. dans la minute qui suit ?

Dring, driiiing…

Le Fou : Attendez, ça sonne…

Le P.C. : Bon, j’appelle le service. Il y aura bien quelqu’un qui daignera répondre. Ah, ça sonne. Une sonnerie. Deux… Trois… Quatre… Cinq… Toujours personne. Ils ne sont pas ouverts à cette heure-ci ? On m’a bien dit 9 heures pourtant. Zut, j’entame 5 minutes de mieux sur mon capital horaire. Il ne me reste plus que 2 minutes pour être à l’heure…

Le Fou : Regardez cette entreprenante silhouette s’aventurer dans des espaces inconnus à la recherche d’un semblable pouvant l’informer sur les raisons de ce silence.

Le P.C. : Bon sang, il n’y a ni plaques, ni interphones, ni rien du tout ici ! Pas de noms, rien n’est identifiable ici… C’est le Q.G. des âmes mortes[1] ou quoi, là ?

Le Fou : Regardez cette impatiente silhouette qui commence à s’agacer devant le reflet vitré de sa présence unique en ces mystérieux lieux…

Le P.C.  : Bon, il me reste deux minutes pour m’introduire et signifier ma présence. Je ne vais quand même pas laisser croire que je suis en retard, ça serait le comble tout de même ! Voyons voir cette porte vitrée… Je la pousse… Tiens, c’est ouvert ? S’il vous plaît ? Il y’a quelqu’un ? Une salle d’attente à ma gauche avec un distributeur de café et une fontaine à eau… Personne de ce côté. Derrière le comptoir ? Personne non plus…

Le Fou : C’est alors que le P.C. aperçoit un escalier à sa gauche… Que va-t-il se passer ? Que va trouver le P.C. en haut de ces marches en colimaçon ? Y va ? Y va pas ?

Le P.C.  : Au point où j’en suis… Allez, je monte ! Excusez-moi, il y a quelqu’un ? Premier étage… Pas de lumière, une, deux, trois, il y quatre portes. Silence… Est-ce que je peux entendre des voix ?

Le Fou : Ouïe… M’entends-tu ? Que fais-tu ? « Où êtes-vous !!! », s’écrie intérieurement le P.C.

Le P.C.  : Ah, ça semble discuter par là… Il y a plusieurs voix. Ils sont en réunion, il semblerait… Ils ne m’ont quand même pas donné un rendez-vous à l’horaire de leur réunion ? Bon, t’emballes pas P.C. : Madame X a juste omis de te préciser les lieux et où trouver son bureau. La veille d’un week-end, pour l’aurore de la semaine suivante… Ils doivent être débordés, tout simplement, ça n’arrive pas qu’ici. Mais c’est ennuyeux, cela fait 15 minutes que je cherche, j’ai fait tous les bâtiments et leur rez-de-chaussée. Cela doit bien être quelque part dans les étages.

Le Fou: Probablement P.C., probablement… A un étage parmi les 4 bâtiments ! Mais ne t’agaces pas P.C., ne t’agaces pas avant ton entretien d’embauche ! Toc-toc-toc ?

Le P.C. : On me dit d’entrer. Bonjour. Je suis P.C. et j’ai rendez-vous avec Madame X pour un entretien. Vous êtes des travailleurs sociaux? Très bien. Sauriez-vous où je peux trouver le bureau de Madame X. 3ème bâtiment ? Oui, mais j’en viens et il y a un digicode. J’en ai déduit que cela faisait partie des habitations. Non, Madame X ne m’a pas communiqué de code. Elle m’a donné très rapidement rendez-vous, sans doute a-t-elle omis de me donner quelques précisions, ma foi cela arrive, tant que je parviens à la rencontrer… Vous pouvez la contacter à son poste direct pour la prévenir de mon arrivée ? Oh, volontiers s’il vous plaît, ce ne sera vraiment pas de refus, merci bien !

Le Fou : Le P.C. redescend calmement mais d’un pas déterminé car il a désormais 5 minutes de retard sur l’horaire du rendez-vous. Il traverse la cours, tel un éclair, et se dirige vers cette porte désormais accessible. Il entre après avoir tapé le code secret et découvre une porte entrouverte.

Le P.C. : Bonjour, vous êtes Madame X ? Enchantée, je suis le P.C. F. Nous avions rendez-vous à 9h. Je vous prie de m’excuser du retard mais, sauf erreur de ma part, vous ne m’aviez pas communiqué le lieu exact de notre rendez-vous et comme il n’y avait personne à l’entrée, ni à l’accueil, j’ai eu quelques peines à arriver jusqu’ici… J’espère que ne vous m’en tiendrez pas rigueur !

« Non, je vous en prie, asseyez-vous ici, le directeur est encore occupé. Nous allons vous recevoir dans un instant », m’a répondu Madame X.

« Très bien, merci », lui ai-je simplement répondu.

Le Fou: Le P.C. au fond de lui, souhaitait en réalité lui dire : « Non seulement vous ne me dîtes pas bonjour, mais vous ne vous excusez pas de ne pas avoir pu m’accueillir, ni de m’avoir transmis le nécessaire pour venir vous rencontrer mais, qui plus est, vous aviez également omis de me dire que l’entretien s’effectuera en binôme avec le directeur ! ». Au lieu de cela, regardez cette silhouette du P.C. s’asseoir silencieusement et feignant d’acquiescer à l’invitation de Madame X, et toujours intérieurement…

Le P.C. : Cela fait déjà dix minutes que j’attends… Nous étions censé nous rencontré à 9h… (soupirs)

Le Fou: 20 minutes plus tard, le P.C. est reçu par la direction. Le P.C. ne s’offusquera pas, même si ce décalage horaire supplémentaire ne fera pas l’objet d’excuse, d’aucune sorte. L’entretien durera une heure et ce que le P.C. retiendra est l’étrange demande de l’institution à recruter un « pro-cadre » et non un « pro-care », davantage dans la collaboration avec la direction pour travailler le dysfonctionnement entre cette dernière et l’équipe de travailleurs sociaux qu’auprès de la population pour laquelle l’ensemble des salariés est rémunéré… Il apprendra que la prise de poste sera très rapide : dans deux semaines. Alors, P.C., où ça en est ?

Le P.C. : Et bien… j’ai eu un entretien, il y a près de 3 semaines déjà. La direction souhaitait une prise rapide du poste. Je les ai appelé 3 fois, sur la seconde semaine, soit la veille de celle à laquelle le psychologue devra démarrer son activité. Mais n’ai jamais réussi à avoir en ligne soit la chef de service, soit le directeur et le secrétariat est seulement chargé de dire qu’ils n’ont toujours pas fait leur choix.

Le Fou : Quoi de plus banal P.C. ! Il n’y a rien de surprenant jusque là. Mais pas de nouvelle, bonne nouvelle, non ? Tu dois être encore en piste ! ça c’est ce que le P.C. souhaitait entendre… Pourtant, son ouïe sursauta à la voix de la secrétaire.

Le P.C.  : Pis, la dernière fois, elle m’a dit que je pouvais « envoyer ma candidature »! Je lui réponds alors que c’était déjà fait puisque j’avais eu un entretien et que c’était précisément la raison pour laquelle je souhaitais savoir où le recrutement en était !

Le Fou : Et oui ! Puisque le poste était censé être occupé rapidement !

Le P.C. : Justement, 3 jours après mon dernier appel ! Et la secrétaire n’entendait rien !

Le Fou : Ou bien faisait la sourde oreille!

Le P.C. : Et elle me dit que le recrutement n’est pas clos et qu’à son avis je pouvais « envoyer ma candidature » pour la seconde fois !

Le Fou : Non ?!

Le P.C. : Incompréhensible, n’est-ce pas ?!

Le Fou: Donc, toujours pas de nouvelles ? A en croire la secrétaire, « vous pouvez toujours envoyer vos candidatures ». Mais quelle drôle de réponse. Quelle sera l’attitude du P.C. ?

 

Episode final… Roulement de tambours !

 

Le P.C. : Je rappelle une dernière fois ce CHRS pour savoir toujours où en est le recrutement. La secrétaire, très enjouée me réponds: « ça y est, il a été recruté! ».

« Ah, je suis bien heureux de l’apprendre ainsi! », répondis-je machinalement sur le même ton enjoué…

« Ils ne vous ont rien dit? », poursuit-elle alors.

« Ben non, puisque c’est précisément l’objet de mon appel », insistai-je.

« Pas un coup de fil ou un courrier? », insistait-elle à son tour.

« Pas même! », rétorquai-je presque amusé.

« Bon, donnez-moi votre nom, je leur transmettrai », me dit-elle alors avec courtoisie et toujours autant d’enjouement (très frappant à l’oreille)

« Merci bien, cela serait tellement aimable », terminai-je ainsi la conversation!

Le Fou: Et après, P.C., quelles nouvelles as-tu reçu ?

Le P.C. : Aucune !

Le Fou: Aucune ? Pas un coup de fil ?

Le P.C. : Pas un seul coup de fil !

Le Fou: Pas un courrier ?

Le P.C. : Pas un seul courrier !

Le Fou: Pas même un petit mail ?

Le P.C. : Même un seul petit mail !

Le Fou: C’est très vilain !

Le P.C. : C’est moche !

Le Fou: C’est comme si tu ne les avais jamais rencontré ! Comme si tu n’avais ni nom, ni visage !

Le P.C.  : Et pourtant, un entretien d’une heure… Une heure durant à échanger. Ah, j’ai omis de préciser quelque chose durant cet entretien. Le directeur m’avait demandé si j’étais marié et avais des enfants ?

Le Fou: Qu’as-tu répondu P.C. ?

Le P.C.  : Que je l’avais mentionné sur mon C.V. Et il m’a répondu : « et la confidentialité » ?

Le Fou: Qu’as-tu dit ?

Le P.C. : Qu’elle est transmise à différents niveaux, et que tout dépend à quel degré nous estimions d’une chose qu’elle soit confidentielle, au même titre que ce qu’il m’avait révélé au sujet de son équipe et de ses difficultés, alors que je n’étais pas encore recruté…

Le Fou: C’était si confidentiel que l’on t’a traité, P.C., comme un anonyme !

Le P.C. : Pas de « bonjour », alors pourquoi s’attendre à un « au revoir », après tout ? Une cours des miracles, en somme ! Allez en selle !

 

Le Fou: Brave gens ! Merci d’avoir écouté l’histoire d’un P.C. dans l’une de ses tribulations…

Seriez-vous étonnés d’apprendre que la persévérance et la foi de ce même P.C. ont enfin payé ? Notre P.C. F. a finalement décroché un poste stable, en CDI, au sein d’une association, exerçant auprès des jeunes et des familles, comme il le souhaitait. Il poursuit son attachement à la clinique qu’il nourrit avec non seulement des nouveaux collègues accueillants mais aussi avec toute une institution bienveillante. Un « happy end » bien réel qui s’écrit/s’écrie à l’heure où je m’adresse à vous.

Parmi ses nombreux confrères et consœurs, le P.C. est une espèce non pas en voie de disparition mais que l’on tente souvent de dépersonnifier car là où il y a un sujet qui pense, il y a le danger que des désirs s’expriment. Le P.C. fait partie de cette catégorie des indescriptibles, des incernables, des insaisissables pour la seule et valable raison que le Psychologue Clinicien a pour rôle de garantir, en tout temps et en tout espace, la vie psychique. La vie de l’âme tente inlassablement de se faire savoir pour exister et si elle ne trouve de chemin d’expression à se frayer, elle meurt. Qui souhaite que l’autre vous tue ? Même dans un souhait de mort, c’est la vie psychique qui s’exprime, qui dans un élan de survie et d’autoconservation va se raccrocher à un fil, même de paille…

Le Psychologue Clinicien n’est pas une espèce en voie de disparition, parce que si l’objet même de son travaille cesse, cela signifierait que c’est l’Humanité tout entière qui serait éteinte au sens vital du terme.

Le sens psychique, lui, est une quête éternelle… »

 

chine-117 dans ETATS DES PIEUX, ou la vertu des psychologues

 

Fiolepsy.


[1] En référence à l’œuvre qui porte le même nom (de 1842) de Nicolas Gogol, auteur russe.

20 novembre, 2012 à 20 h 20 min


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