Conte et raconte fables réelles et déboires urbains !

» Catégorie : Evangile selon Fiolepsy


Au diable la parabole !

Commentaires » 0

 

Au diable la parabole ! dans Chroniques parabole

« Roulement de tambours !

 

Le Fou : Oyé, Oyé, braves gens! Roulement de tambours ! Nous allons vous conter en cette hivernale journée un étrange mystère…

En cette seconde décennie du XXIème siècle, des hommes et des femmes de tout horizon se rencontrent en des lieux communs parfois insoupçonnables…

Tel fut le cas pour un drôle d’espace que l’on nomme un Centre d’Hébergement. Non, non, je ne vous parle pas de ces anciens dépôts de mendicité où tous les reclus de la société y étaient abrités mais celui-là avait la particularité d’accueillir des hommes ayant séjourné avec dieu le pénitent, autrement dit notre belle mère Justice. Dans la plus grande clémence, elle offrit une seconde chance à ces hommes ayant fauté plus ou moins sévèrement et, pour se faire, elle missionna un autre groupe d’individus, de tout genre pour les aider à démarrer une nouvelle vie. Dans leur plus grande générosité, ce groupe d’individu bénéficiait d’une multitude de savoirs faires et une quantité infime de savoirs êtres… « Infime » ai-je dis ? Oh, pardonnez cette langue fourchue qui m’a été donnée avec le temps et 50 coups de bâtons… Je m’expliquerai ou, du moins, je laisse la parole aux protagonistes de ce lieu tri dimensionnel narrer mes aventures !

 

Roulement de tambours !

Trois coups de bâtons. Lever de paupières.  

                               

Le P.C. : Aujourd’hui, je passe un entretien pour un poste en Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale en direction de « sortants de prison ». Je suis très emballée par ce contexte dans la mesure où je n’ai travaillé qu’auprès de détenus durant leur exécution de peine et là, j’ai enfin l’occasion de penser et d’accompagner leur sortie, si délicate…

Je suis un peu tendu car nous sommes lundi et la chef de service m’a contacté vendredi dernier seulement. C’est du rapide ! Espérons que le recrutement et la prise de poste le sera tout autant.

Je marche depuis 5 minutes et ça y est, je suis devant. Cela ressemble à un groupement de bâtiments d’habitation. Je m’avance. Je suis devant la porte, je ne perçois personne à l’intérieur. Je sonne. J’attends. Personne ne répond. Je sonne de nouveau. J’attends un peu plus. Toujours personne à l’horizon. Heureusement que j’avais dix minutes d’avance.

J’ai déjà entamé 3 minutes sur mon capital horaire…

Le Fou : Regardez cette misérable silhouette se tenir debout devant une porte vitrée à 9h du matin, index pointé sur la sonnette, hésitant à émettre une troisième pression afin de faire entendre sa présence à qui voudra bien lui répondre ! Que va entreprendre le P.C. dans la minute qui suit ?

Dring, driiiing…

Le Fou : Attendez, ça sonne…

Le P.C. : Bon, j’appelle le service. Il y aura bien quelqu’un qui daignera répondre. Ah, ça sonne. Une sonnerie. Deux… Trois… Quatre… Cinq… Toujours personne. Ils ne sont pas ouverts à cette heure-ci ? On m’a bien dit 9 heures pourtant. Zut, j’entame 5 minutes de mieux sur mon capital horaire. Il ne me reste plus que 2 minutes pour être à l’heure…

Le Fou : Regardez cette entreprenante silhouette s’aventurer dans des espaces inconnus à la recherche d’un semblable pouvant l’informer sur les raisons de ce silence.

Le P.C. : Bon sang, il n’y a ni plaques, ni interphones, ni rien du tout ici ! Pas de noms, rien n’est identifiable ici… C’est le Q.G. des âmes mortes[1] ou quoi, là ?

Le Fou : Regardez cette impatiente silhouette qui commence à s’agacer devant le reflet vitré de sa présence unique en ces mystérieux lieux…

Le P.C.  : Bon, il me reste deux minutes pour m’introduire et signifier ma présence. Je ne vais quand même pas laisser croire que je suis en retard, ça serait le comble tout de même ! Voyons voir cette porte vitrée… Je la pousse… Tiens, c’est ouvert ? S’il vous plaît ? Il y’a quelqu’un ? Une salle d’attente à ma gauche avec un distributeur de café et une fontaine à eau… Personne de ce côté. Derrière le comptoir ? Personne non plus…

Le Fou : C’est alors que le P.C. aperçoit un escalier à sa gauche… Que va-t-il se passer ? Que va trouver le P.C. en haut de ces marches en colimaçon ? Y va ? Y va pas ?

Le P.C.  : Au point où j’en suis… Allez, je monte ! Excusez-moi, il y a quelqu’un ? Premier étage… Pas de lumière, une, deux, trois, il y quatre portes. Silence… Est-ce que je peux entendre des voix ?

Le Fou : Ouïe… M’entends-tu ? Que fais-tu ? « Où êtes-vous !!! », s’écrie intérieurement le P.C.

Le P.C.  : Ah, ça semble discuter par là… Il y a plusieurs voix. Ils sont en réunion, il semblerait… Ils ne m’ont quand même pas donné un rendez-vous à l’horaire de leur réunion ? Bon, t’emballes pas P.C. : Madame X a juste omis de te préciser les lieux et où trouver son bureau. La veille d’un week-end, pour l’aurore de la semaine suivante… Ils doivent être débordés, tout simplement, ça n’arrive pas qu’ici. Mais c’est ennuyeux, cela fait 15 minutes que je cherche, j’ai fait tous les bâtiments et leur rez-de-chaussée. Cela doit bien être quelque part dans les étages.

Le Fou: Probablement P.C., probablement… A un étage parmi les 4 bâtiments ! Mais ne t’agaces pas P.C., ne t’agaces pas avant ton entretien d’embauche ! Toc-toc-toc ?

Le P.C. : On me dit d’entrer. Bonjour. Je suis P.C. et j’ai rendez-vous avec Madame X pour un entretien. Vous êtes des travailleurs sociaux? Très bien. Sauriez-vous où je peux trouver le bureau de Madame X. 3ème bâtiment ? Oui, mais j’en viens et il y a un digicode. J’en ai déduit que cela faisait partie des habitations. Non, Madame X ne m’a pas communiqué de code. Elle m’a donné très rapidement rendez-vous, sans doute a-t-elle omis de me donner quelques précisions, ma foi cela arrive, tant que je parviens à la rencontrer… Vous pouvez la contacter à son poste direct pour la prévenir de mon arrivée ? Oh, volontiers s’il vous plaît, ce ne sera vraiment pas de refus, merci bien !

Le Fou : Le P.C. redescend calmement mais d’un pas déterminé car il a désormais 5 minutes de retard sur l’horaire du rendez-vous. Il traverse la cours, tel un éclair, et se dirige vers cette porte désormais accessible. Il entre après avoir tapé le code secret et découvre une porte entrouverte.

Le P.C. : Bonjour, vous êtes Madame X ? Enchantée, je suis le P.C. F. Nous avions rendez-vous à 9h. Je vous prie de m’excuser du retard mais, sauf erreur de ma part, vous ne m’aviez pas communiqué le lieu exact de notre rendez-vous et comme il n’y avait personne à l’entrée, ni à l’accueil, j’ai eu quelques peines à arriver jusqu’ici… J’espère que ne vous m’en tiendrez pas rigueur !

« Non, je vous en prie, asseyez-vous ici, le directeur est encore occupé. Nous allons vous recevoir dans un instant », m’a répondu Madame X.

« Très bien, merci », lui ai-je simplement répondu.

Le Fou: Le P.C. au fond de lui, souhaitait en réalité lui dire : « Non seulement vous ne me dîtes pas bonjour, mais vous ne vous excusez pas de ne pas avoir pu m’accueillir, ni de m’avoir transmis le nécessaire pour venir vous rencontrer mais, qui plus est, vous aviez également omis de me dire que l’entretien s’effectuera en binôme avec le directeur ! ». Au lieu de cela, regardez cette silhouette du P.C. s’asseoir silencieusement et feignant d’acquiescer à l’invitation de Madame X, et toujours intérieurement…

Le P.C. : Cela fait déjà dix minutes que j’attends… Nous étions censé nous rencontré à 9h… (soupirs)

Le Fou: 20 minutes plus tard, le P.C. est reçu par la direction. Le P.C. ne s’offusquera pas, même si ce décalage horaire supplémentaire ne fera pas l’objet d’excuse, d’aucune sorte. L’entretien durera une heure et ce que le P.C. retiendra est l’étrange demande de l’institution à recruter un « pro-cadre » et non un « pro-care », davantage dans la collaboration avec la direction pour travailler le dysfonctionnement entre cette dernière et l’équipe de travailleurs sociaux qu’auprès de la population pour laquelle l’ensemble des salariés est rémunéré… Il apprendra que la prise de poste sera très rapide : dans deux semaines. Alors, P.C., où ça en est ?

Le P.C. : Et bien… j’ai eu un entretien, il y a près de 3 semaines déjà. La direction souhaitait une prise rapide du poste. Je les ai appelé 3 fois, sur la seconde semaine, soit la veille de celle à laquelle le psychologue devra démarrer son activité. Mais n’ai jamais réussi à avoir en ligne soit la chef de service, soit le directeur et le secrétariat est seulement chargé de dire qu’ils n’ont toujours pas fait leur choix.

Le Fou : Quoi de plus banal P.C. ! Il n’y a rien de surprenant jusque là. Mais pas de nouvelle, bonne nouvelle, non ? Tu dois être encore en piste ! ça c’est ce que le P.C. souhaitait entendre… Pourtant, son ouïe sursauta à la voix de la secrétaire.

Le P.C.  : Pis, la dernière fois, elle m’a dit que je pouvais « envoyer ma candidature »! Je lui réponds alors que c’était déjà fait puisque j’avais eu un entretien et que c’était précisément la raison pour laquelle je souhaitais savoir où le recrutement en était !

Le Fou : Et oui ! Puisque le poste était censé être occupé rapidement !

Le P.C. : Justement, 3 jours après mon dernier appel ! Et la secrétaire n’entendait rien !

Le Fou : Ou bien faisait la sourde oreille!

Le P.C. : Et elle me dit que le recrutement n’est pas clos et qu’à son avis je pouvais « envoyer ma candidature » pour la seconde fois !

Le Fou : Non ?!

Le P.C. : Incompréhensible, n’est-ce pas ?!

Le Fou: Donc, toujours pas de nouvelles ? A en croire la secrétaire, « vous pouvez toujours envoyer vos candidatures ». Mais quelle drôle de réponse. Quelle sera l’attitude du P.C. ?

 

Episode final… Roulement de tambours !

 

Le P.C. : Je rappelle une dernière fois ce CHRS pour savoir toujours où en est le recrutement. La secrétaire, très enjouée me réponds: « ça y est, il a été recruté! ».

« Ah, je suis bien heureux de l’apprendre ainsi! », répondis-je machinalement sur le même ton enjoué…

« Ils ne vous ont rien dit? », poursuit-elle alors.

« Ben non, puisque c’est précisément l’objet de mon appel », insistai-je.

« Pas un coup de fil ou un courrier? », insistait-elle à son tour.

« Pas même! », rétorquai-je presque amusé.

« Bon, donnez-moi votre nom, je leur transmettrai », me dit-elle alors avec courtoisie et toujours autant d’enjouement (très frappant à l’oreille)

« Merci bien, cela serait tellement aimable », terminai-je ainsi la conversation!

Le Fou: Et après, P.C., quelles nouvelles as-tu reçu ?

Le P.C. : Aucune !

Le Fou: Aucune ? Pas un coup de fil ?

Le P.C. : Pas un seul coup de fil !

Le Fou: Pas un courrier ?

Le P.C. : Pas un seul courrier !

Le Fou: Pas même un petit mail ?

Le P.C. : Même un seul petit mail !

Le Fou: C’est très vilain !

Le P.C. : C’est moche !

Le Fou: C’est comme si tu ne les avais jamais rencontré ! Comme si tu n’avais ni nom, ni visage !

Le P.C.  : Et pourtant, un entretien d’une heure… Une heure durant à échanger. Ah, j’ai omis de préciser quelque chose durant cet entretien. Le directeur m’avait demandé si j’étais marié et avais des enfants ?

Le Fou: Qu’as-tu répondu P.C. ?

Le P.C.  : Que je l’avais mentionné sur mon C.V. Et il m’a répondu : « et la confidentialité » ?

Le Fou: Qu’as-tu dit ?

Le P.C. : Qu’elle est transmise à différents niveaux, et que tout dépend à quel degré nous estimions d’une chose qu’elle soit confidentielle, au même titre que ce qu’il m’avait révélé au sujet de son équipe et de ses difficultés, alors que je n’étais pas encore recruté…

Le Fou: C’était si confidentiel que l’on t’a traité, P.C., comme un anonyme !

Le P.C. : Pas de « bonjour », alors pourquoi s’attendre à un « au revoir », après tout ? Une cours des miracles, en somme ! Allez en selle !

 

Le Fou: Brave gens ! Merci d’avoir écouté l’histoire d’un P.C. dans l’une de ses tribulations…

Seriez-vous étonnés d’apprendre que la persévérance et la foi de ce même P.C. ont enfin payé ? Notre P.C. F. a finalement décroché un poste stable, en CDI, au sein d’une association, exerçant auprès des jeunes et des familles, comme il le souhaitait. Il poursuit son attachement à la clinique qu’il nourrit avec non seulement des nouveaux collègues accueillants mais aussi avec toute une institution bienveillante. Un « happy end » bien réel qui s’écrit/s’écrie à l’heure où je m’adresse à vous.

Parmi ses nombreux confrères et consœurs, le P.C. est une espèce non pas en voie de disparition mais que l’on tente souvent de dépersonnifier car là où il y a un sujet qui pense, il y a le danger que des désirs s’expriment. Le P.C. fait partie de cette catégorie des indescriptibles, des incernables, des insaisissables pour la seule et valable raison que le Psychologue Clinicien a pour rôle de garantir, en tout temps et en tout espace, la vie psychique. La vie de l’âme tente inlassablement de se faire savoir pour exister et si elle ne trouve de chemin d’expression à se frayer, elle meurt. Qui souhaite que l’autre vous tue ? Même dans un souhait de mort, c’est la vie psychique qui s’exprime, qui dans un élan de survie et d’autoconservation va se raccrocher à un fil, même de paille…

Le Psychologue Clinicien n’est pas une espèce en voie de disparition, parce que si l’objet même de son travaille cesse, cela signifierait que c’est l’Humanité tout entière qui serait éteinte au sens vital du terme.

Le sens psychique, lui, est une quête éternelle… »

 

chine-117 dans ETATS DES PIEUX, ou la vertu des psychologues

 

Fiolepsy.


[1] En référence à l’œuvre qui porte le même nom (de 1842) de Nicolas Gogol, auteur russe.

5. La résurrection du Psychologue Clinicien H/F

Commentaires » 0

De l’existence des miracles

5.	La résurrection du Psychologue Clinicien H/F dans Chroniques chine-068-300x225

 

La capacité à être seul, à se déprimer[1], cela le psychologue clinicien l’entend parfaitement et a vécu cette expérience fondamentale dans la construction du sujet maintes fois. Là encore, être seul ne prend son sens que lorsqu’il s’agit pour nous d’avoir été lié au préalable avec un Autre ; sans cela, nous sommes a-personnel, c’est-à-dire personne. Ulysse, ayant fait un long voyage, a pu user de la ruse de ce prénom afin de signifier sa présence et son absence. Persona ou le masque prosopon nous permet une identification à l’autre, dans le conflit, à l’image du jeu étrusque de Phersu, comme dans l’alliance.

Guidé par Eros et conservant son identité professionnelle, le psychologue clinicien décide de s’allier davantage avec ses confrères, espérant partager son expérience et tentant ainsi de délimiter le champs d’action de son métier.

Le fil rouge de sa démarche : la clinique, toujours la clinique.

 

Malgré des candidatures n’ayant aboutit, le psychologue clinicien poursuit sa mobilisation et n’envisagera aucun renoncement avant d’être persuadé qu’il a bien mis en place toute l’énergie dont il dispose pour parvenir à son but. Il se tourne alors vers l’extérieur et fait progressivement la connaissance de confrères témoignant leur épuisement face à leurs recherches d’emploi.

Beaucoup de colères et de révoltes, d’indignations et de revendications, mais aussi de découragements et de pertes d’espoir sont ainsi dévoilés dans des espaces interdisciplinaires dans le monde de la psychologie. Le psychologue clinicien retrouve l’objet de sa pensée peu à peu, concernant à la fois la place que sa profession occupe dans la sphère sociale et les situations auxquelles sont confrontés ses confrères qu’ils exposent afin d’avoir un éclairage mutuel.

Cette question de la mutualisation des connaissances de sa profession, cela la psychologue clinicien souhaite s’y pencher davantage.

A travers les plaintes incessantes du monde des psychologues, il encourage et témoigne à son tour de ses tribulations.

 

Pour en revenir au parcours de ce P.C. singulier, après cinq mois de désert professionnel durant lequel il a survécu significativement au silence, il reçoit enfin un retour positif sur candidature et décroche plusieurs entretiens durant un même mois.  Ô miracles de la condition humaine : sombrez donc chers amis, ainsi vous apprécierez la moindre lueur d’espoir !

Entre les concours de la fonction publique masqués qui ne s’adressent finalement qu’aux internes déjà en poste ou les instituions privées indécises quant à leur devenir (parfois à juste titre, nous le concédons), les flammes ressemblent à celles que l’on trouve sur les bougies magiques dans les accessoires de « farce et attrape » : on croit avoir « éteint » son objectif mais il faut sans cesse redonner du souffle pour voir son but atteint…

 

flotte-300x225 dans ETATS DES PIEUX, ou la vertu des psychologues

Appel des mille et une vies confraternelles


C’est alors qu’une consœur lance un cri du cœur pour sensibiliser les psychologues à la souffrance de notre profession face aux aléas institutionnels et des démarches managériales évinçant la question du sujet dans le recrutement. Cette méprise du sujet, que nous dénonçons tant, nous choque toujours autant. Cette même consœur imagine des moyens de sortir de la langue de bois, de confronter non seulement notre société mais également nos confrères à cette misérable réalité passée sous silence que représente notre place socio-professionnelle tant éprouvée par chacun d’entres nous. Que l’on soit étudiant en demande de stage, jeune diplômé en recherche d’un premier poste, plus expérimenté dans une démarche de réorientation clinique, ou en fin de carrière à la recherche d’une reconnaissance statutaire préservant d’une potentielle précarité lors d’une mise en retraite décente envisageable pour ses vieux jours, pour n’évoquer que quelques situations, même constat : nous embarquons sans cesse dans une galère !

 

Nous échangeons à travers un forum à vocation fédérale. Nous nous exposons dans nos méandres, relatant notre fatigue, notre usure, parfois criant notre désespoir. Nous nous rattachons à un fil de discussion, pour ne pas perdre le fil de notre identité professionnelle. Nous nous rappelons sans cesse notre courage à maintenir notre cap, à tenir bon notre barre, à ne pas vouloir dériver !

rames-300x225 dans Evangile selon Fiolepsy

Jamais l’appel à entendre nos confrères et consœurs n’a été aussi puissant, aussi captivant… Parce que captif d’un marché du travail qui ignore les besoins de la psyché, le Psychologue Clinicien se perd dans son mal à exister professionnellement. Il s’en remet alors aux échos de ses pairs qui, tel le chant des sirènes, résonnent comme un espace enchanté qui lui ouvrirait les bras pour lui proposer un monde meilleur possible, quelque part, dans un autre temps… Ce jour-là que le P.C. attend arrivera, il le sait ! Il sait au fond de lui qu’il aura une place à part entière. Le Psychologue saura remobiliser en lui toutes les ressources dont il dispose, nécessaires pour se verticaliser, marcher et plus seulement silencieusement. Ce Psychologue Clinicien ne veut plus se contenter du chant des sirènes, il veut incarner sa propre voix et marcher, avancer parmi les siens. Il parlera dans cette fierté, de « Pride » confraternelle, soulevant à la fois rejet et curiosité. Le P.C. s’attachera essentiellement à la dernière qui sollicite étonnement et découverte, états propices à la construction de l’imaginaire, un imaginaire à construire à plusieurs…

 

 

Le Psychologue Clinicien signe et persiste

 

chez-lacan-225x300

Ce sera devant le 5 rue de Lille, à Paris, que le P.C. rencontrera ses confrères, sensibilisés à l’appel. Ce sera devant l’ancienne demeure de Jacques Lacan qu’un petit groupe d’individus sortira de l’anonymat et se risquera dans la rencontre. Pour le P.C., la « Pride » trouvera ses débuts dans cette modeste marche engagée par 7 psychologues, se découvrant alors un matin de printemps. Non loin derrière cette adresse, se trouvait l’ancienne demeure de Serge Gainsbourg, un autre personnage célébrant la psyché humaine, également au n°5 (bis) mais de la rue Verneuil, dans le même 7ème arrondissement de Paris.

Amusés, détendus ces 7 Psychologues Cliniciens admirent ces différents lieux. Audacieusement, ils sont parvenus à s’introduire dans la cour du 5 rue de Lille grâce à l’un des habitants des lieux qu’il fallait convaincre pour apaiser sa crainte de dégradations des lieux par des intrus malveillants. Car effectivement, une rue parallèle plus loin, ces 7 Psychologues Cliniciens pouvaient apprécier la haute teneur en couleur qu’ornementait la face du 5 bis Rue de Verneuil

Dans sa quête multiple, le P.C. aime partager ses pensées, entretient sa capacité onirique, imagine des projets communs. Mais pas n’importe lesquels ; ceux qui viennent alimenter son désir d’un monde encore plus humaniste ; ceux susceptibles de dynamiser les relations humaines.

 

Lors de cette rencontre opportune entre 7 Psychologues Cliniciens, les uns et les autres abordaient objets politiques et politiques de l’objet, objets créatifs et créations d’objets, le tout en marchant d’un pas oisif dans les rues parisiennes. Ils déjeunèrent dans un bistrot  afin de poursuivre leur alimentation psychique. « Bistre, Bistre ! », chacun termina son café précipitamment, devant vaguer à d’autres occupations…chez-gainsbourg2-300x225

Les 7 Psychologues Cliniciens se sont séparés en se disant qu’ils remettraient cela à une prochaine fois. Les rencontres mensuelles ont tenue mais l’effectif des P.C. a diminué. Il y a eu comme un défilage de corps. Mais le Psychologue Clinicien n’en tiendra jamais rigueur, ô jamais au grand jamais !

Le temps est grand maître il règle bien des choses (Pierre Corneille).

 

 

Della disparizione dei psicologi clinici : « de la disparition des psychologues cliniciens » ?

 

Cette espèce n’est pas en voie d’extinction, bien au contraire ! Le Psychologue clinicien fait partie d’une espèce que l’on retrouve dans bien des espaces et que l’on ne peut plus désigner dans les différentes institutions où il exerce comme O.V.N.I. ou « Objet Visible Non Investi » car ce serait dénier l’objet même de son travail : rendre visible à la psyché ce qui est invisible pour la société. Déployer tout l’espace et le temps nécessaires pour légitimer le discours de l’âme humaine, pour définir a minima la  Psychologie. Les psychologues cliniciens, quant à eux, sont de modestes artisans, au service des âmes…

L’épisode de la PsyPride a permis une chose essentielle: la rencontre possible de différentes personnalités au sein d’une même profession ; le désir commun de croire qu’un meilleur horizon se profilerait à partir de notre seule volonté ; un devenir professionnel plus épanouissant dont nous serions enfin principalement acteurs !

 

Mais au fait, que peut alors bien signifier « Psy Pride » ?       

P.R.I.D.E. : Psychologues Réunis et Investis dans Divers Espaces…

 image001-7.p.c.1

  

Confraternellement Nôtre,

 

Fiolepsy.


[1] D’après les concepts, successivement et respectivement, de D.W. Winnicott (1958) et de P. Fédida (2001).

4. La mort du Psy

Commentaires » 1

4.	La mort du Psy dans Chroniques Désert-300x225

La traversée du désert

 

Il existe des contrées lointaines où il n’est pas aisé de se rendre à pied. Pourtant le psy, lorsqu’il a décroché un entretien, se donne à cœur joie à ces expéditions conquérantes. Par le biais du bouche à l’oreille (depuis le temps, le P.C.[1] est parvenu à se créer, même minime, un réseau de confrères bienveillants), il saisi l’opportunité de la vacance d’un poste de psychologue hospitalier à temps plein. Il sait qu’il vient de quitter un emploi de contractuel dans la fonction publique et postule pour un même statut mais ce qui le motive est d’exercer dans une identité soignante et non plus seulement d’« abatteur » d’évaluations de la personnalité et de « rédacteur tout puissant » de synthèses psychologiques.

Il planifie son trajet dont le temps est estimé à 2 heures de transports en commun franciliens. Qu’à cela ne tienne, il en profitera pour s’adonner à une agréable lecture, loin des braillements de son cher et tendre chérubin (cf. article précédent). Il arrive enfin sur les lieux de son rendez-vous, au centre de la cité, et entre dans l’espace. Un milieu ouvert, ornementé de jolis dessins et de documentations informatives à dimension culturelle et sociale. « Comment trouvez-vous les lieux ? », fut la première question qu’on lui posa lors de ce premier entretien. « Un médecin chef de service qui pose la question de l’environnement professionnel, ça commence plutôt très bien », s’étonne heureux le P.C. Ce premier rendez-vous durera 2 heures…

Comme c’est l’été et que les congés sont imminents, le chef de service convie rapidement son candidat à prendre un second rendez-vous pour rencontrer son équipe. « Très bon signe », pensa-t-il alors. Une semaine après, il rencontre cette équipe, mais sans le chef de service qui a du s’affairer à un dossier en urgence. Ma foi, il échange avec cette équipe charmante durant 1h30…

Le chef de service n’ayant pas pu être présent ce jour-là l’invite à passer le voir une fois encore et le P.C. consent à faire un ultime effort, organise la garde de son chérubin et repart pour 2 heures de trajets franciliens. Cette fois, il prévient qu’il ne pourra pas rester plus d’une heure.

Entretien à l’issu duquel le chef de service lui dit qu’il rencontrera le Big Boss de l’Unité qui est décisionnaire de tout.  Le P.C. se dit au fond de lui, 4 entretiens, c’est beaucoup et c’est « très très bon signe »…

La rencontre entre le P.C. et le B.B. se déroule. Le B.B. prend tout l’espace des échanges et expose son secteur de travail au P.C. qui essaie d’entendre que celui-ci lui explique comment ils travaillent sur le plan territorial et espère entendre à juste titre comment il s’inscrira dans ce territoire sanitaire. Le B.B. lui ouvre également la possibilité de travailler directement avec lui sur un autre service, si son confrère chef de service décidait de ne pas le prendre avec lui… « Ma foi, se dit-il, ça me laisse une sortie de secours ». En revanche, cela ne pourrait être effectif que quelques mois après.

Le P.C. part en vacances le cœur léger, se disant qu’après 4 entretiens représentant 5h30 d’échanges avec 6 interlocuteurs au total, ses efforts et sa patience auront raison de lui…

La rentrée universitaire se déroule et il se dit qu’il patientera jusqu’au dixième mois de l’année pour relancer son futur employeur potentiel s’il n’avait pas de ses nouvelles d’ici là. Pas de nouvelle, le P.C. appelle. Le secrétariat lui indique que le candidat n’a toujours pas été choisi et que le recrutement était toujours en cours. « Ma foi, j’attendrais encore », s’impatiente alors le P.C. Un mois se passe, rebelote et pour l’appel et pour la réponse. Un mois de mieux se passe, nous sommes alors dans le 12ème mois de l’année et le secrétariat lui apprends qu’ils ont fait leur choix et s’étonne de l’appel du P.C. Elle prévient sa direction et le P.C. reçoit deux semaines après une magnifique lettre de réponse négative expliquant que leur choix s’était finalement porté sur deux confrères titulaires de la fonction publique, ayant alors divisé le poste en deux mais que néanmoins, ils avaient particulièrement approuvé sa curiosité intellectuelle et la qualité des échanges, en plus des compétences avérées qu’il ne devait surtout pas remettre en cause… Joyeux Noël et bonne fin d’année !

Ce que le P.C. ne nous a pas révélé, c’est qu’il avait également candidaté entre temps pour un concours dans les hôpitaux parigos, pour lequel il avait été admis à l’épreuve orale. Le Jour J, il rencontres des consœurs dans la salle d’attente, bien plus nerveuses que lui et apprends que celles-ci rejouaient leurs places mises au concours, après plus de 10 ans d’occupations en tant que contractuelles. Elles avaient l’âge d’être sa mère et c’est alors agacé que le P.C. entre dans le bureau pour passer son oral, où se tenaient les membres du jury. Jamais le P.C. n’avait été aussi mauvais orateur. Sur la défensive, revendicateur, dénonçant les mauvais traitements faits à sa profession. Pour sa défense, venant d’un environnement professionnel clos, le jury l’avait questionné sur la question de l’enfermement en premier lieu et sur comment le psychologue était considéré socialement : autant dire que son expérience est passée aux oubliettes et que l’on a titillé le P.C. sur ses positionnements éthiques. Que pouvait-il défendre ? Voici les points qu’il avait alors abordé :

-       le soin sans consentement,

-       l’enferment dans le cas des ehpad

-       la question sur le titre de psychothérapeute[2]

Ayant travaillé sous la tutelle de la justice, il n’a pas su faire l’impasse sur la législation dont les nouveautés gouvernementales touchaient également la tutelle de la santé.

A la question qui lui a été posée notamment sur l’enfermement chez les personnes âgées, le P.C. s’était positionné à la négative en défendant l’idée selon laquelle d’autres possibilités pouvaient être envisagées pour parer à une gestion du sujet  qu’il estimait asilaire: celle de casser la gestion économique des structures, rabaissant la qualification des personnels du soin en réduisant leurs effectifs et en augmentant les dispositifs de contentions à la fois chimiques, vestimentaires et architecturaux. Il parlait alors de véritable « repli structural » comme résultante d’une politique uniquement guidée par le chiffre et le rendement. Que ce soit en prison ou à l’hôpital, plus le travail y est difficile et laborieux, plus on a recours à l’enfermement qui fait l’économie du travail humain, ce dernier ne pouvant prendre sens qu’à travers une possible relation. Car face à un mur érigé devant soi, comment avoir une visibilité et une compréhension du monde  dans lequel nous sommes inscrits?

Conclusion : « Repli structural » = structure asilaire = déliaison sociale = déliaison psychique = société aliénante = retour au positivisme = « effort pour rendre l’autre fou »[3] !

Cette conclusion n’était pas au goût du jury qui, lorsqu’un monsieur venait frapper à la porte pour lui indiquer les 20 minutes de l’examen oral achevés, a exprimé au candidat P.C. : « sauvé par le gong »… Le P.C. a de suite compris qu’il n’avait pas convaincu le jury, ne s’est pas senti sauvé de quoi que ce soit.

C’’était alors dans rue de Paris qu’il déambula, le cœur lourd, comme si les rues étaient désertes et vidées de toute existence. Il senti l’oppression que suggère la perte d’espoir…

 

Perte-liberté-225x300 dans Evangile selon Fiolepsy

 

L’oubli de soi

 

 

Tel un zombie, dont la mémoire de vie laisse une trace étrangement inquiétante, le P.C. poursuit ses recherches d’emploi, dans la sphère infernale de la répétition. Mécaniquement, il répond à des annonces, sans trop y croire. Durant 5 mois, il rédigera une vingtaine de courriers ; durant 5 mois, il ne recevra aucune réponse, ne fut-ce négative…

Le P.C. s’insurge intérieurement mais son corps ne le suit pas. Il n’a plus d’énergie pour se mobiliser, se changer les idées, comme son entourage le lui encourage. Son imaginaire faillit de temps à autre ; tout commentaire est traduit par sa psyché comme appartenant à une réalité bassement matérielle.

Se divertir, trouver du plaisir autrement : comment faire ? Comment faire sans travail, sans argent ? Comment ignorer un loyer à payer, un enfant à nourrir, une famille à vêtir ? Une fois ces nécessités remplies, que reste-t-il dans la bourse du P.C. ? Pas grand chose : de quoi seulement assouvir son addiction? Il pourrait cesser de gaspiller son argent dans un élément que le monde sanitaire rejette massivement. Seulement, cette misérable blonde constitue un antidépresseur, comme expression à la fois de sa baisse de moral et du maintien de son stimulus intellectuel. La blonde lui permet de préserver des temps de pose psychique, a pour effet de le détendre, même artificiellement. Se positionnant dans une contradiction dont il a conscience, le P.C. consume sa blonde pour ne pas consumer son âme : maigre béquille offrant l’illusion d’un espace aux allures vacancières qui rythme sa pensée oisive et lui permet ainsi de se mettre à rêvasser a minima.

Le sacrifice de sa carrière professionnelle, au bénéfice de l’éducation de son enfant, s’avère au fil des jours plus couteux que le P.C. ne pouvait l’imaginer. Ses choix se sont révélés peu productifs et au détriment de son intérêt individuel. Un don de soi que ses proches louent mais le P.C., dans sa désertique traversée professionnelle, y voit davantage une existence aporétique…

 Canon-deau-225x300

Le silence meurtrier

Néanmoins, si son existence de psychologue chômeur n’était pas ponctuée de doux rires et échanges extraordinaires avec son bébé qui se développe harmonieusement chaque jour que la nature offre, le P.C. demeurerait dans un silence non olympien. Le seul canon qu’il fredonne s’exprime à travers des comptines enfantines qui bercent son inconscient.

Le silence est à interpréter sans cesse… Il prend un sens différent au gré du vent qui le transporte aux oreilles de celui qui daigne l’entendre, l’accueillir en toute circonstance. Si le P.C., dans son pessimisme, crie son désespoir quant à l’aporie de sa vie professionnelle, il se penche sur l’apologie du silence. Il retrouve quelques citations, en quête des multiples sens afin de s’appuyer sur et de ne pas sombrer face au manque d’écho de ses sollicitations :

Qui mendie en silence, meurt de faim en silence. (Proverbe indien)

Il est juste que, dans la profession de psychologue, l’indécence dont font preuve certaines propositions d’emploi laisse penser que nous souffrons cruellement d’un pain quotidien[4].

La plus grande révélation est le silence. (Lao-Tseu)

Celle-ci le P.C. l’apprécie tout particulièrement. Il se remémore ses entretiens cliniques où il souffle enfin lorsque cessent les logorrhées verbales de son patient maniaque révélant alors le début d’une possible rencontre, car la parole est d’or… Quelque chose peut être entendu quelque part.

La parole est une aile du silence. (Pablo Neruda)

Comment apprécier l’un sans l’autre ? Si tout n’est que parole, tout devient que bruit ; si tout n’est que silence, alors tout devient rien. De cette rythmicité parole/silence nous trouvons nos équilibres dans les échanges, tout comme parler/écouter ou donner/recevoir.

On répond au fou par le silence. (Hazrat Ali)

Nombre de grands psychotiques que l’on croise, notamment dans les transports en commun et que tout le monde feint d’ignorer. Si d’aventure un homme se met à répondre au fou, mais en excluant sa réalité qu’il ne peut saisir, le fou l’envoie se promener car sa parole ne rencontre pas de limites, pas de censure. Il peut librement passer du coq à l’âne sans qu’un autre lui révèle son incompréhension. Un fou est libre de toute parole dans le silence ; à moins que ce ne soit le silence qui l’ait rendu fou ?…

Le silence est la vertu des sots. (Francis Bacon)

Et pourquoi pas heureux les simples d’esprits ? Consolation certaine pour trouver place dans un monde meilleur après sa déchéance charnelle. Mais dans notre monde, quelle place pour les « sots » ? S’ils ne sont pas diagnostiqués, nous les retrouvons aisément dans les institutions closes avec leurs divers garde-fous. Et lorsqu’ils ont commis des actes irréversibles, auront-ils toujours une figure d’homme de vertu ? Ou encore auront-il leur place dans un quelconque par-a-dit ?

Le silence a le poids des larmes. (Louis Aragon)

Dans l’absence de réponse à ses candidatures, le P.C. crie non seulement famine mais les fourmis dont il s’identifie prennent triste mine de crocodiles… Digestion difficile dans cette longue attente d’un poste. Le P.C. doute, tantôt à la sauce cartésienne, tantôt à la mode socratique pour discuter intérieurement une élaboration de son destin.

Le silence permet de trouver son destin. (Lao-Tseu)

Nécessité d’élaboration psychique, le silence est propice à l’avènement de la pensée. Fermons de plus les yeux pour mieux voir ; bouchons-nous les oreilles pour mieux entendre ; fermons la bouche pour mieux parler…

L’étonnement est suivi du silence. (Voltaire)

Cette capacité, l’étonnement, participe au monde vivant de l’enfance et nous permet de mieux apprendre, appréhender ce qui se passe autour de nous. A ne pas confondre avec la dimension effractante du silence suscité par la sidération qui nous fige dans un infans, sans extériorité : on la retrouve notamment dans l’absence de réponse…

In fine, Le silence a raison de bien des choses, notamment mieux faire entendre des sons et des sens qui peuvent se cacher…

Le silence meurtrie une partie de la psyché, mais suppose alors qu’il mette le sujet dans un temps dépressif préalable à toute dynamique de changement : tuer un procédé psychique qui enkyste toute possibilité d’ouverture, de réceptivité à un renouveau; sortir de l’enclave d’un marché du travail peu fécond pour les P.C.

Le silence permet alors de tisser les liens, de penser une approche vers l’extérieur.

 

 

Mongols-fiers-300x225

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fiolepsy.


[1] Nous laissons à nouveau de côté le choix du genre…

[2] Voir le lien d’un confrère : http://psycote.blog.lemonde.fr/

[3] En écho au livre de Harold Searles, 1965. La préface de Pierre Fédida de 1977(éditions Gallimard) débute ainsi :

Rendre l’autre fou est dans le pouvoir de chacun. L’enjeu en est l’extermination, le meurtre psychique de l’autre, de telle sorte qu’il n’échappe pas à l’amour. Qu’il ne puisse pas exister pour son compte, penser, désirer en se souvenant de lui-même et de ce qui lui revient en propre. Rendre l’autre fou c’est faire en sorte – le plus souvent inconsciemment – qu’il soit assigné à résider dans le commentaire. Et c’est dans un commentaire tenu sur lui, en secret, que le fou parfois se tue. Quel commentaire ?

Ultérieurement, dans une réédition (folio essais, en novembre 2002), P. Fédida présente l’œuvre de Searles et commente sa préface initiale en précisant notamment:

J’ai rappelé alors combien la présence de l’homme et de ses écrits était pour nous – dans la clinique de Ludwig Binswanger, le Sanatorium Bellevue de Kreuzlingen – au centre des échanges cliniques d’une étonnante fécondité. Aujourd’hui, on pourrait se demander si la « transmission » de la pratique psychothérapique ainsi conçue ne passe pas notamment par une communauté des valeurs qui nous entraîne à communiquer entre nous l’expérience des transformations que sollicite la folie dans la communication des hommes entre eux.

 Tentons alors de poursuivre cette transmission qui préserve la psyché humaine, d’interroger encore et toujours la clinique observée dans nos espaces de pratiques, mais également dans nos espaces sociaux et politiques, là où nous en sommes partie constituante, là où nous vivons tous ensemble, partageons le même espace… Ceci est effectivement une invitation du P.C. !

[4] A titre d’exemple, les services de Pôle Emploi ont diffusé le 23 mai 2012, pour la énième fois, un florilège d’annonces d’offres d’emploi (8 similaires ce même jour) pour P.C., peu diversifié et peu quantifié sur le plan financier. Voici donc ce que l’on trouve majoritairement comme proposition d’emploi faite au P.C. par le biais de l’organisme public le plus connu d’aide de retour à l’emploi :

 

PSYCHOLOGUE CLINICIEN / CLINICIENNE

(Code Métier ROME K1104)

ACCOMPAGNEMENT PSYCHOLOGIQUE D’UN EN FANT AVEC TROUBLES ENVAHISSANT DU DEVELOPPEMENT.

CONNAI SSANCE EN PSYCHOLOGIE DU DEVELOPPEMENT, COGNITIVE, COMPORTEMENTALE. SUPERVISION ET FORMATION ASSUREES PAS UN PSYCHOLOGUE SPECIALISE. 10 EUROS NET.

Pour postuler sur cette offre, cliquez sur le lien suivant :

Postulez à cette offre

Sûrement pas : cessez de confondre les éducateurs spécialisés et les psychologues, les étudiants et les chômeurs, de grâce !!! Nous ne sommes pas des « supers nanis » ! Paix à son âme…


3. La crise du P.C. H/F

Commentaires » 2

3.	La crise du P.C. H/F dans Evangile selon Fiolepsy Code-Déonto_Journal-des-psys2-768x1024

Le P.C. assume son éthique

 

Loin s’en faut, le P.C. ne se démobilise pas lorsqu’il est confronté à des questions qui soulèvent le devenir du sujet. Apparenté par le profane tantôt au prêtre, tantôt au médium, tantôt au « mentaliste », le P.C. prend le parti de ne révéler que ce qui s’avère utile et dans l’intérêt de l’usager qu’il prend en charge. Il n’hésite pas à apporter son éclairage autour de lui, tout en rappelant que sa connaissance a des limites, notamment en terme de prédilection. Le P.C. aborde le sujet du pronostic, à partir de l’évaluation psychologique qui lui a été confiée par son employeur.

Il n’est pas rare pour le P.C. de constater que les nombreuses et diverses missions lui afférent marque un temps d’arrêt psychique. Cette suspension du temps de la pensée est induite par le fait qu’il n’existe pas de connexion possible, à sa connaissance, entre ses observations cliniques et la visée de la prise en charge pour l’usager. Ceci s’explique en partie du fait que le but escompté par l’institution ne tient tout simplement pas compte de la subjectivité du sujet mais assujetti ce dernier à la démarche de gestion quantitative du cadre de vie dont son quotidien est soumis, partiellement, dans le meilleur des cas, ou totalement lorsque l’usager en question passe ses journées et ses nuits à l’intérieur des murs de l’institution.

Le P.C. est court-circuité. La demande institutionnelle le sidère psychiquement. Il tente alors de trouver du sens à cette demande et, la première chose qui lui vient à l’esprit relève d’une histoire lointaine dont il n’a jamais vécu l’expérience directement, et il en va de même pour ses aînés confrères. Il est de ces histoires dont on n’a connaissance que par la lecture, vestige de pratiques anciennes et qui résonnent en nous comme des mythes.

Nous parlons de ces époques, à l’ère notamment du positivisme, où les figures soignantes portaient parole d’évangile pour la société[1]. Des années entières à privilégier le symptôme visible afin d’expérimenter toute sorte de remèdes, quitte à liquéfier le patient et à le vider de toute sa substance psychique et, parfois, littéralement physique. Combien de sacrifices humains au nom de la science ? Les guerres idéologiques ne datent pas d’hier et, tel un trauma, se réactualisent[2].

« Le respect de la personne dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l’action des psychologues. »

Dans ce préambule du code de déontologie auquel se réfère tout P.C., il n’est pas seulement question de personne à qui s’adresse nos actions, mais sa dimension psychique constitue même notre fondement, notre raison d’être et de penser. Car toute action de notre part, suppose une démarche réflexive au préalable. Nous ne saurions agir dans l’intérêt de l’autre sans être capables d’être agis par ce même autre, qu’il soit personne physique ou même morale.

Ainsi, lorsqu’il nous est demandé pour mission d’agir dans l’intérêt quantifiable de l’institution, comme par exemple exclure tel sujet de la structure car il agite et met à mal l’image du service et son bon déroulement, nous répondrons que nous agitons ce même sujet à répéter son identité vécu sous le mode du rejet et de l’échec ; lorsque l’institution a pour mission d’exclure de la société un sujet au potentiel dangereux, sans même avoir vécu une expérience menaçante de ce même sujet, nous répondrons que « prévenir c’est guérir » mais prédire c’est mentir ; lorsqu’un employeur souhaite de nous une certaine toute-puissance de management, pour parer à son absence, nous lui répondrons que bien mal acquis ne profite jamais et que l’honnêteté consiste à mettre en conscience ses limites, afin de ne pas déborder sur l’autre…

Le P.C. s’ajuste constamment, contrant fréquemment les a priori que les autres ont de son métier, les préjugés renforcés par la sur médiatisation d’une psychologisation sociétale, risque ô combien fascisant quand celle-ci ignore tout de ses fondements en balayant du regard seulement ce qui est vu, rarement ce qui est écouté, rassemblé en nous et ancré dans nos chaires.

La société est perverse, comme l’homme. Lorsqu’elle ne comprend que partiellement son problème, elle ordonne à son cerveau une compromission dans la réalité, compromettant les individus qui la composent, ignorant l’altérité et fermant yeux, bouchant ouïe, confiant son odorat au plus féroce canin, obstruant tout dialogue avec son semblable : elle possède pleine jouissance, au détriment des autres et, sans le savoir, à l’origine d’elle-même.

Le petit homme apprends à dire « non », processus langagier hautement symbolique dans la construction du sujet, dans son expérience de séparation et d’individuation.

Le P.C. dira de nouveau non aux dérives, celles dont l’aspect et les contours revêtent de tentations narcissisantes, car il se remémorera que si les alléchantes propositions ne sont pas en adéquations avec son éthique, c’est que justement, le sociétal rejoue avec nous notre identité de vécu professionnel qui démarre souvent dans un rapport de maltraitance statutaire.

Non loin s’en faut, le P.C. préfère démissionner que d’être en porte à faux.

S’était alors sans savoir qu’une petite graine prenait racine…

 

Geôle-150x150 éthique dans Evangile selon Fiolepsy

 

Le P.C. assume sa parentalité

 

Le P.C., même s’il laisse transparaître une figure de neutralité bienveillante, est un sujet qui est capable de désir et ne relève pas du « 3ème sexe » comme certains aiment à l’imaginer. Selon son histoire propre, le P.C. a été capable de renoncements pour mettre à plus tard ses projets personnels, priorisant comme tant d’autres, sa carrière professionnelle.

A force de repousser ses projets au lendemain – prétextant que, d’une part, il attendra la fin de ses études pour fonder une famille ou que, d’autre part, il patientera d’avoir un pied solide dans le monde du travail – il regarde en arrière et constate que ses multiples CDD ont renforcé ses inquiétudes de réalisation de projet parental.

Au diable l’avarice, même en situation de contrat précaire, le P.C. a le droit d’exprimer son désir de parentalité. Il a les mêmes droits que les autres salariés en ce qui concerne ce projet privé. Il se dit que de toute manière son CDI ne se jouera pas avant six ans, en tant que contractuel de la fonction publique[3] : il est alors à mi-parcours. Son désir d’être parent est plus présent/pressent que la perspective d’un contrat durable.

Il décide, en âme et conscience, qu’il passera un contrat à durée déterminée avec son histoire qu’il décide alors de perpétuer.

Exerçant au sein d’une institution où les usagers qu’elle[4] rencontre constituent un public dont les actes représentent le paroxysme de déshumanisation, la Psychologue Clinicienne, avance dans sa grossesse et au bout de 5 mois, a eu droit à une remarque d’un collègue masculin : « et ben dites donc, ça a bien poussé ! Vous étiez dans le déni avant ? Ah, ah, ah ! », s’exclama-t-il alors virilement, exhibant devant ses collègues de même profession et de même sexe, ce terme psychanalytique dont il ne connaissait visiblement que la phonétique…

En temps normal, la P.C. aime qu’on lui fasse remarquer ses nouvelles jolies rondeurs. La violence de cette remarque la sidère (une fois de plus) et la cloue littéralement sur place. Au fond d’elle, la pensée qui lui traversa était : « j’avais remarqué que vous étiez c… mais j’imaginais pas à quel point ! ». Au lieu de cela, elle tût sa violence et lui répondît simplement: « ne vous inquiétez pas, ça fait toujours ça la première fois, ne vous laissez pas impressionner! »

De retour à son bureau, elle s’est mise à digérer cette phrase, se demandant pourquoi ? Et comment ? Elle s’est demandé qu’elle image pouvait-elle renvoyer, non pas auprès du personnel dont les compétences pour la majorité d’un corps de métier présent dans la structure marquait des lacunes certaines, mais auprès des usagers dont les carences familiales pouvaient se réactualiser.

Elle avait l’habitude de traverser chaque jour une cour de promenade fréquentée par les usagers qui y faisaient diverses activités de plein air. Elle était regardée à chacun de ses passages, elle s’y était faite. Mais ses inquiétudes portaient ensuite sur le cadre où elle menait ses entretiens individuels, un cadre où rien ne la sécurisait. Diverses angoisses traversent la psyché d’une future maman, même lorsque celle-ci en est professionnelle, nous ne n’apprenons rien.

Mais l’institution pour laquelle la P.C. travaillait n’avait tout simplement pas envisagé le cas de figure où leur psychologue serait amenée à être enceinte. Ils avaient des postes aménagés dit « protégés » pour la majorité de leurs employées fonctionnaires, mais n’avaient tout simplement pas pensé le cas de figure d’un métier dont la principale activité consistait à être en relation, dans un espace clos et confidentiel…

Lorsque la P.C. travaillait à temps partiel pour le même public mais dans un service différent, les bureaux étaient alors équipés d’une alarme et les usagers étaient escortés par des agents assurant l’ordre et la sécurité. Bon, il fallait ensuite pouvoir proposer un cadre neutre et serein pour les usagers craignant d’être épiés constamment, à juste titre.

Mais là, c’était au P.C. de s’exposer en franchissant les murs fréquentés par des sujets capables de démonstration de leur violence.

Ayant accepté un contrat à temps plein, ayant prévenu son directeur lors de son entretien d’embauche, elle s’est demandée dans quelle mesure elle n’avait pas dissimulé en elle, une partie de son bonheur grandissant, de crainte de ne pas être reconnue par les autres en tant que professionnelle (et simplement cela) lors de son entrée dans le service. Mais elle doit reconnaître que ce détail de sa vie privée avait été omis lors de la signature de son contrat en CDD auprès de l’administration centrale, de crainte de voir la possibilité d’être embauchée s’envoler…

 

Le temps passe et la P.C., de retour de son congé maternité, fait le constat d’un état des lieux catastrophique. La structure dans laquelle elle travaille sera fermée dans X temps! A peine le temps de passer en CDI, et quand bien même ce pourrait être effectif, son contrat pourra s’arrêter car pas de poste en perspective ailleurs. Comme la P.C. est contractuelle et ne pourra jamais être fonctionnaire de cet employeur public, le retour au travail ne lui semble pas très accueillant. Elle revoit ses collègues qui tiennent tous un discours démissionnaire, lui fait part de ce qui s’est passé durant son absence et la P.C. a envie de pleurer… Que de passages à l’acte hétéro et auto-agressifs tant du côté du personnel que des usagers, des deuils non élaborés par l’institution, de l’agressivité ambiante en réponse à la menace de se voir un jour partir sans d’autres perspectives que l’exclusion et la perte de tout repère. Des usagers se confrontent physiquement pour se disputer un poste vacant dans les murs de leurs lamentations : la tension règne ici, la crise ne semble pas être seulement de passage mais annonce un déclin déjà visible. La mission de la P.C., à son retour, consistait à rejouer ses compétences passées en terme d’abattage dans l’évaluation des usagers : on souhaite les pousser gentiment vers la sortie, avant la fermeture définitive des lieux de pénitence. Le tout aussi, pour répondre aux exigences d’une labellisation européenne censée faire respecter les droits de l’homme…

- Souhaitez-vous renouveler votre contrat ? Augmentation de 200 euros cette année, à la clef…

La P.C. ne veut pas participer à ce massacre, même si, après la naissance de son enfant, une petite hausse de salaire ferait bien son affaire.

Une seule question lui vient à l’esprit alors : « que devrais-je transmettre ? », pas seulement en tant que Psychologue Clinicienne mais, désormais, en tant que mère également.

 

Klimt-maternité parentalité

Le Désert de la tentation

 

Pourvoir se regarder dans un miroir… Transmettre une sécurité c’est avoir pu l’incorporer en soi déjà, ce n’est pas seulement assurer quant aux nécessités vitales, mais pouvoir survivre aux coûts psychiques des choix de vie que nous assumons, au risque de nous mettre en difficulté sur le plan matériel. Préserver son identité, en somme.

La même P.C. (sans doute n’est-elle pas un cas isolée) arrête de travailler pour être présente à la fois physiquement et psychiquement pour son enfant en bas âge. Elle sait d’avance qu’elle devra encore recommencer ses recherches d’emploi, comme à ses débuts. Quatre années après avoir été diplômée, elle revient en quelque sorte à la case « départ sans percevoir 20 000 francs », se dit-elle nostalgique. Mais elle a tant à faire en tant que mère. Elle s’occupe de son chérubin et, comme dans un miroir, elle observe le retour du refoulé avec fascination et inquiétude. L’amour berce son quotidien mais la simple pensée de retrouver un emploi satisfaisant fait changer le reflet de sa vie en un mirage.

Pas de place pour les promesses, la P.C. se mobilise et se dit avec détermination que lorsque son bébé aura 6 mois, elle pourra le confier à la crèche et reprendre une activité professionnelle. Après tout, elle n’est plus débutante et pourra se faire valoir de son expérience et de son désir de travailler.

Décidant de ne plus courir plusieurs lièvres à la fois, elle organise son quotidien entre couches, biberons, jeux d’éveil, promenades et tendresse et, lors des moments de sieste unilatérale, la P.C. effectue ses recherches d’emploi et s’adonne à des lectures pour alimenter son esprit. Les tentations de se défaire rapidement de ce quotidien répétitif – que partiellement, car l’évolution de son bébé l’emplit de joie et de fierté et elle se satisfait de la place qu’elle occupe, se consolant ainsi du manque qu’elle ressent sur le plan professionnel – sont grandes, mais la P.C. apprend de plus en plus la patience, notamment grâce à son rôle de jeune maman. « Ce que nous perdons d’un côté, nous le gagnerons de l’autre », s’optimise-t-elle alors.

Elle développe son féminin, en laissant travailler en soi, ce que l’autre dépose en elle…

 

 

Fiolepsy.


[1] En écrivant cela, il y a comme un anachronisme en flottaison…

[2] Dans notre actualité la plus récente, nous pensons notamment aux recommandations de la Haute Autorité de Santé sur les « bonnes pratiques » portées à l’autisme…

[3] Il existe des administrations, où le concours n’existe pas pour le corps des psychologues, parfois au sein d’un même ministère…

[4] Bon, il faut dévoiler une identité sexuelle à un certain moment, sinon nous entrons dans la confusion des genres et, au fil de l’histoire, vers une certaine incohérence…

 

2. La vie du Psychologue Clinicien H/F

Commentaires » 0

Prédiction du monde du travail

Le Psychologue Clinicien a été prévenu avant même sa formation : son secteur professionnel est bouché… Incontestablement, puisque le Psychologue Clinicien peine à trouver un stage, alors un emploi en tant que diplômé ! Il a déjà eu l’intuition de cette mise en échec et l’a même expérimentée maintes fois. S’accrochant encore et toujours à son rêve, il poursuit son parcours du combattant jusqu’à ce que vie s’en suive. Il se distingue de par son parcours et sa personnalité singuliers. Il emprunte parfois à la banque quelques sous pour continuer sa formation et part à la découverte d’autres approches psychologiques et thérapeutiques pour ne pas périr, préserver son identité, ne pas s’isoler, alimenter sa curiosité intellectuelle.

Il poursuit sa marche silencieuse dans les méandres des recherches d’emploi, consulte moult annonces dispatchées par ci par là, propose généreusement ses services à qui pourrait être intéressé par sa simple présence… Candidatures spontanées en veux-tu en voilà, lettres de motivations manuscrites, curriculum vitae joliment ornementés de détails représentatifs de sa motivation, le jeune Psychologue Clinicien casse sa tirelire pour se procurer papier, encre, enveloppes et timbres et expédie ses candidatures, porté par sa foi, même s’il croise les doigts derrière son dos en même temps qu’il glisse dans l’urne de la boîte postale ses petits bouts de papiers précieusement réunis : son avenir réside peut-être dans cet acte anodin ?

Le Psychologue Clinicien est enfin convoqué pour un entretien d’embauche. Sa passion, sa jeunesse, sa fraîcheur, son manque d’expérience plaît à un employeur, incroyable !

« Hallelujah mes confrères et mes consœurs ! Mes prières sont enfin exhaussées ! », s’exclame le jeune diplômé, le cœur empli d’allégresse…

Baptême des Ministères

Premier contrat signé… Le Psychologue clinicien admire son contrat où il lit : « H/F  s’engage à exercer la fonction de psychologue clinicien auprès de X, à temps incomplet, pour une durée de travail équivalent à 50% à la durée légale prévue par le décret N°… (…) Il ou elle assurera toutes les missions, études ou activités qui lui seront confiées (…) Il ou elle percevra une rémunération brute mensuelle de 889,50 euros (…) La revalorisation du contrat pourra faire l’objet d’une négociation entre les deux parties tous les trois ans. (…) Le présent contrat qui entre en vigueur le JJ/MM/AA0 est conclu pour une durée de un an renouvelable par reconduction expresse. Il comporte une période d’essai de trois mois. »

« Trois mois de période d’essais pour un contrat de 12 mois ? » S’étonne le jeune Psychologue Clinicien… « Qu’à cela ne tienne : je tiendrai les 3 mois ! », s’encourage-t-il alors.

Trois mois se passent et le Psychologue Clinicien H/F reçoit sa première fiche de salaire, du premier mois de travail dans l’institution ministérielle.

A l’an X, sur ses fiches de paie, Le psychologue clinicien constate qu’il n’y est mentionné ni le temps de travail, ni la date de début de sa prise de fonction, ni même « psychologue » comme cela y était inscrit dans son contrat. En lieu et place de son identité professionnelle, y apparait l’intitulé : « agent contractuel », et plus loin « échelon 00 ». Son salaire net qui lui revient est de 764,43 euros (soit une déduction de 155,73 euros de cotisations sociales sur le salaire brut, à cela s’ajoute le remboursement domicile-travail en IDF, ce qui représente  17,5% de cotisations sociales pour le salarié) ; les charges patronales sont alors de l’ordre de 302,25 euros (soit 33,9% du salaire brut). Coût total pour l’employeur public : 1222,41 euros TTC.

Poursuivons l’analyse du coût financier pour le Psychologue Clinicien H/F, débutant dans le monde du travail, un an après (et oui : il a passé sa période d’essai avec succès. Quoi de plus normal pour un jeune très motivé !)

En l’an Y, dans la même structure, après avoir motivé par écrit sa demande de renouvellement de contrat (alors qu’il s’agit d’une reconduction expresse stipulé dans le précédent et premier contrat), il y est mentionné cette fois : « le présent contrat, susceptible d’être renouvelé, qui entre en vigueur le JJ/MM/AA+1, est conclu pour une durée d’un an ».  Sur sa fiche de paie, il n’est plus « agent contractuel » mais « agent de santé permanent », pourtant ce n’est pas ce que renvoie le nouveau contrat… Une petite différence pourtant dans son salaire : tout a augmenté d’un petit euro, son salaire et le coût total pour l’employeur. Il regarde de plus près et constate qu’en réalité ce n’est pas lui qui revient plus cher, mais le coût de sa carte de transport pour se rendre au travail !

Bon on ne parle plus de période d’essai sur ce second contrat : tout n’est peut-être pas perdu ?

Aïe, aïe, aïe, les perspectives d’avenir se resserrent…

En l’an Z, pour la même Direction ministérielle, mais dans un autre service, avec des fonctions différentes, le psychologue clinicien s’engage dans un nouveau contrat, mais que l’institution nomme comme un « nouvel engagement ». Le psychologue clinicien se réjouit de passer d’un temps partiel à un temps plein pour voir sa paie augmenter, notamment… Il y regarde de plus près et lit : « Nouveau Contrat d’engagement (…) H/F s’engage à exercer les fonctions de psychologue, à temps complet, à … (« perpète les mirs ouilles ») (…) Il ou elle percevra une rémunération brute mensuelle de 1779,00 euros (…) Le présent contrat, qui entre en vigueur le JJ/MM/AA+2, est conclu pour une durée d’un an. Il comporte une période d’essai de trois mois.

Analyse synthétique à caractère scopique:

- non plus LA fonction de psychologue clinicien, mais LES fonctions de psychologue (tout court).

- On ne parle plus de la négociation de salaire

- On refait une période d’essai de 3 mois avec un 3ème cdd d’un an, sans évoquer le renouvellement…

La fiche de paie, que dit-elle ?

Qu’il n’y est toujours mentionné ni le temps de travail, ni la date de début de sa prise de fonction, ni même « psychologue » comme cela y était inscrit dans son contrat. En lieu et place de son identité professionnelle, y apparait de nouveau l’intitulé : « agent permanant de santé» et, plus loin, « échelon 00 »  (ça fait 6 « 00 » cumulés : « jeu, set et match ! »).

Son salaire net qui lui revient, pour un temps plein désormais, est de 1412,09 euros (soit une déduction de 413,26 euros de cotisations sociales sur le salaire brut plus le remboursement domicile-travail en IDF, ce qui représente  23,22% de cotisations sociales pour le salarié), les charges patronales sont alors de 599,71 euros (soit 33,7% du salaire brut). Coût total pour l’employeur public : 2425,06 euros TTC.

Bilan comptable :

Tandis que le Psychologue Clinicien H/F est recruté par le même employeur, ses cotisations sociales ont augmenté de 5,72% entre le deuxième et le troisième contrat, et son employeur, quant à lui, diminue de 0,2% ses charges patronales… Même Ministère, Même Administration qui mentionne dans le 3ème contrat : « Vu le contrat initial d’engagement en date de JJ/MM/AA0 », ce qui signifie la continuité du travail mais pas de traitement salarial…

Constat  au bout de 3 ans de loyaux services pour les premières missions ministérielles: le Psychologue Clinicien H/F a doublé son temps de travail, mais pas son portefeuille qui, lui, a diminué en proportion !

« Travailler plus, pour gagner plus », qu’il disait?

Peu compréhensible, n’est-ce pas ?

Mais pourquoi tant de haine ? Pourquoi se faire aussi mal, après 3 années d’expériences.

Tout simplement parce que le Psychologue Clinicien s’attache surtout et avant toute chose à considérer sa clinique, à étudier et accompagner l’homme souffrant en situation. Il s’accroche à son rôle d’aidant et de consultant, continue de se mobiliser pour les personnes auprès desquelles il se doit de garantir la vie psychique et de promouvoir leur autonomie.

Et puis il sait qu’il n’est pas seul, il continue de rêver en silence, marche et avance, si ce n’est socialement, au moins professionnellement. Il cumule de l’expérience, développe ses compétences, même si plus il travaille, moins il gagne sa vie…

 2.	La vie du Psychologue Clinicien H/F dans ETATS DES PIEUX, ou la vertu des psychologues Homme-en-oeufs-1024x682

L’Homme en situation

 

Ah, notre Père Daniel Lagache[1],

Qui êtes aux cieux,

Que votre nom ne soit pas oublié, sans relâche,

Que votre pensée règne

Que votre humanisme s’installe sur la terre comme au ciel

Aidez-nous aujourd’hui dans notre analyse de ce jour

Tolérez nos erreurs comme nous tolérons aussi

A ceux qui nous accusent de penser

Et ne nous soumettez pas au vulgaire

Mais apprenez-nous à écouter

Car c’est à vous que nous nous référons dans nos cliniques singulières

Pour les années des années

D’Histoires d’Hommes.

 

Confraternellement,

 

 

Fiolepsy.


[1] (1903-1972), Psychiatre et psychanalyste français. Il participe avec J. Lacan à la fondation de la Société française de psychanalyse en 1953 et, dix ans plus tard, à celle de l’Association psychanalytique de France, dont il est le premier président. Dans son enseignement, Lagache aborde les différents domaines de la psychologie, s’y montrant constamment soucieux de synthèse, dans l’esprit de sa remarquable leçon inaugurale sur L’Unité de la psychologie : psychologie expérimentale et psychologie clinique (1949). Mais son œuvre est essentiellement psychopathologique. D’abord d’inspiration phénoménologique, elle utilise largement les conceptions de Karl Jaspers. Fondateur et directeur d’une collection intitulée Bibliothèque de psychanalyse et de psychologie clinique, Lagache fut l’animateur du projet du Vocabulaire de la psychanalyse (1967), rédigé sous sa direction par J. Laplanche et J.-B. Pontalis. Il chercha également à introduire les conceptions freudiennes dans la psychologie sociale, pour laquelle il créa un laboratoire à la Sorbonne, et dans la criminologie ; il consacra plusieurs études à la criminogenèse. Son influence reste grande sur la psychopathologie et la psychanalyse françaises contemporaines, surtout dans le monde universitaire.

Dans son allocution à la Sorbonne en 1949, Lagache définit le psychologie clinique comme : «l’étude approfondie des cas individuels ou l’étude de la conduite humaine individuelle et de ses conditions (hérédité, maturation, conditions physiologiques et pathologiques, histoire de vie), en un mot, l’étude de la personne totale en situation». L’approche clinique se propose comme l’étude d’un « être humain concret et complet», envisagé tant dans sa «singularité» que dans son « drame ».

Celle ci se fonde sur la méthode clinique c’est à dire «la nature des opérations avec lesquelles le psychologue approche les conduites humaines».


1. Naissance d’un Psychologue Clinicien H/F

Commentaires » 0

Ascendance d’un Psychologue Clinicien

 

Né de Pierre, Paul ou Jacques et, dans les cas d’hétérosexualité, alliée de Marie, Virginie ou Bernadette[1], le jeune apprenti arpente les études fastidieuses de la psychologie avec témérité. Lorsqu’il n’est pas l’enfant d’un brillant Professeur ou d’un simple rentier, il doit penser la compensation de la modestie de ses origines sociales et culturelles pour esquisser un avenir de cadre. Ses parents, ouvriers ou agents du secteur tertiaire, rémunérés un cinquième au dessus du Smic net après vingt années d’ancienneté et de durs labeurs – quand ceux-ci ne sont pas tombés dans la vague de chômage ou de séropositivité  que la fin du XXème siècle s’est vue tenter de combattre – ont placé tous leurs espoirs dans leur cher et tendre chérubin déjà bien sensible à la condition humaine d’avant même sa propre conception. Peut-être était-il déjà l’enfant thérapeute[2], ce qui a motivé ses choix d’avenir en tant qu’adulte. Conjurer en premier lieu ses traumas pour investir ceux des autres et les soigner. Combien de fois le psychologue, à l’annonce de son métier au profane, a-t-il entendu : « ils sont parfois bien plus fous que leurs patients ! » ? Qu’à cela ne tienne ! Car il peut s’appuyer sur l’exploration de la folie pour dépasser la crainte de contagion, notamment de ceux qui pensent tourner seulement autour sans la frôler tandis qu’ils la côtoient quotidiennement sans le savoir[3].

La folie ne doit pas trépasser, car c’est en elle que réside notre humanité ; elle nous offre des contours à notre psyché, des limites, des contenances : elle nous guide dans la construction de notre pensée. Qu’elles proviennent d’une enfance passée dans un environnement aisé et cultivé ou modeste et populaire[4], les origines des psychologues cliniciens résident elles dans la folie ?

1. Naissance d’un Psychologue Clinicien H/F dans Chroniques racines-dépouvantail4-225x300

 

Son identité assumée

 

Précisément. Le Psychologue Clinicien assume son identité qui prendrait racine dans la folie. Qu’est-ce que la raison s’il n’y a folie ? L’accréditation de l’homme dans sa pensée ne vaut que s’il est capable d’identifier l’autre comme n’étant pas dans la capacité à lui répondre de manière cohérente. Il fut un temps où l’« étranger », celui qui ne possédait pas la même couleur de peau, ne partageait pas la même langue était traité de « sauvage » et, pour peu qu’il se mettait à crier pour quelque rituel sacré ou simplement à danser, chanter pour les festivités, il était alors comparé à un animal, un être dénué de raison et d’intelligence, un fou en somme !

Mais où en sommes-nous ? Le Psychologue Clinicien explore l’étranger, même dans sa folie car il considère que le premier étranger à l’homme est lui-même. Il ne peut exclure son discours, même parfois dénué de sens pour la simple raison que si le sens n’est pas là où l’on peut l’entendre il ne peut être que là où l’on regarde. Le Psychologue Clinicien regarde encore et toujours : il regarde les yeux, les gestes, les mots et aussi le silence…

Shuuuut… Le Psychologue Clinicien a tellement appris à respecter les silences si bien que, quand on ne répond pas à ses questions, il demeure en questionnement. Il semblerait même qu’il ne parvienne pas toujours à se faire entendre : peut-être le silence le suit-il toujours où qu’il aille? Le Psychologue Clinicien tente de se faire connaître autour de lui : il se forme scrupuleusement, s’informe attentivement, se défend humblement, parle précautionneusement, agit consciencieusement… Malgré tout cela, il ne cesse de rencontrer des embuches sur son parcours de professionnel en devenir, paraît aux yeux de l’extérieur comme un O.P.P.N.I. (Objet Pensant et Parlant Non Identifié). « Comment cela ? Vous souhaitez obtenir un stage chez nous mais quelle expérience avez-vous ? » « Nous avons déjà reçu 500 candidatures, il faut vous y prendre plus en avance ! », s’étonne-t-on, tandis que le jeune Psychologue Clinicien en devenir défend qu’il doit, d’une part, débuter une expérience (ce pourquoi il formule une demande stage) et, d’autre part, qu’il a envoyé sa candidature depuis le mois de janvier durant l’an X pour pouvoir débuter au mois d’octobre, soit 6 mois au minimum avant de s’assurer qu’il a validé son année d’étude en réussissant ses examens universitaires et espérer enfin accoucher d’un lieu d’apprentissage qui daigne l’accueillir 9 mois après… Il est même prêt à sacrifier une petite rémunération annuelle et à renoncer à un défraiement possible de son coût de transport. En réalité, il n’a pas le choix, car cette possibilité n’est jamais évoquée. Pis que cela, l’apprenti regarde de plus près sa convention après trois années de stages (car la répétition des situations l’interpelle et le questionne) et découvre qu’elle le stipule elle-même[5]: autrement dit, son université formatrice demande à ce que son étudiant ne perçoive aucune rémunération de quelque nature qu’elle soit… Amen !

Tais-toi et marche ! Fait-on alors comprendre au Psychologue Clinicien car, s’il obtient un stage, il doit se satisfaire de son sort et s’estimer heureux. Shuuuuut… Mais il rêve encore (en silence) au jour où il exercera son métier et qu’il pourra alors être payé pour son travail : il sera reconnu par ses paires/pères et sa société. Psychologue Clinicien tu rêves d’être, Psychologue Clinicien tu seras, mais satisfais-toi de tes réussites en silence: tais-toi et marche…

 

 

Ses rêves ancrés

 

Etre un Psychologue Clinicien en devenir n’est donc pas de tout repos. Nous avons souvent entendu : « être étudiant, c’est la belle vie ». Cette réflexion vaut pour toutes les personnes qui ont la possibilité d’être dans la découverte. Dans ce sens, elles sont comparables à la démarche du petit être et, en effet, la pleine découverte de toute chose est une expérience extraordinaire et réellement bien vivante. Dans ce sens, et dans ce sens seulement, nous affirmons que l’étudiant a la belle vie. L’activité contemplative invite le sujet à rêver. Le Psychologue exerce son regard et son sens de l’observation. Il se situe à l’extérieur, en marge de l’espace qu’il observe afin d’avoir le meilleur angle qui soit, un peu comme un photographe…ou la figue d’un feste ! Mais quand il s’agit d’agir, de trouver des actions qu’il induit dans le réel, il se confronte aux limites des moyens institutionnels, des nécessités matérielles, des craintes du changement que son regard peut exercer. Soit parce qu’il possède peu d’expérience (ce qui s’entend car qui il est profitable à chacun de contenir a minima la toute-puissance du « débutant »), soit parce qu’il ébranle le supposé-savoir de son lieu d’observation. Il lui arrive d’y pointer, de façon candide souvent, les dysfonctionnements, les contradictions ou les paradoxes : l’apprenti pointe alors le déni de ceux-ci par l’institution. En cela, son attitude relève déjà du rôle du Psychologue Clinicien : lever le déni. Plus précisément lever le déni du clivage : telle est la tâche du Psychologue Clinicien[6]. De fait, le Psychologue Clinicien se sait comme tel car il a su puiser dans la connaissance transmise par sa formation et son analyse personnelle et identifier les signes du malaise et de la pathologie. Devant un état des lieux pas toujours très glorieux, et malgré ce constat avant-coureur, le Psychologue Clinicien en devenir ne veut pas renoncer. Bien au contraire, ce métier est fait pour lui car sa première volonté s’adresse aux sujets et aux espaces ayant besoin de son regard bienveillant et de son soutien étayant. Il aime à croire qu’on a toujours besoin de lui, quelque part, dans un instant ou pour longtemps. Il sait qu’il a sa place ici ou ailleurs, tout comme chacun doté d’un souffle. Il aime son métier, à la folie : il poursuivra donc son rêve en s’y accrochant fermement, avec conviction, avec passion et avec un soupçon de raison.

 

Fiolepsy


[1] Toute allusion à des couples célèbres n’est que fortuite.

[2] Cf. « Le nourrisson savant » figure métaphorique de S. Ferenczi

[3] In La Nuit des Rois, de W. Shakespeare, le personnage de Feste (le fou ou le bouffon) nous éclaire : Esprit, si telle est ta volonté, inspire-moi d’heureuses folies ! Les gens d’esprit qui croient t’avoir en partage font souvent preuve de folie ; et moi qui suis sûr d’en être dénué, je peux passer pour sage. Car que dit Quinapalus* ? « Mieux vaut un fou spirituel qu’un bel esprit qui est fou. » (Acte I, scène 5, selon la traduction de J.-M. Déprats, Gallimard, éditions théâtrales, 1996, 2001, Paris, p.21).

* Il est annoté que « le nom de ce philosophe, Quinapalus, est une fonction burlesque dans le style des inventions de Rabelais, mais, prononcé à la française, selon le metteur en scène Terry Hands, il pourrait signifier par dérision « Qui n’a pas lu » (ibid. p.153).

[4] Rappelons-nous de ces paroles de chanson de cette série qui a bercé les générations des années 70’ et 80’. Pour les nostalgiques cultivés par la révolution télévisée, il s’agit d’« Arnold et Willy », deux frères afro-américains, orphelins et adoptés par Philip Drummond. Ce dernier, un riche veuf new yorkais, président d’une grosse entreprise, adopte ces deux enfants noirs et pauvres, Arnold et Willy, à la suite de la promesse faite à leur mère morte qu’il employait comme femme de ménage. Les paroles du générique sont donc les suivantes – il faut les chanter à haute voix pour être enjoués, alors tous ensemble  (pour ceux qui découvrent, suivre le lien Internet suivant : http://www.dailymotion.com/video/x6ndqm_generique-arnold-et-willy_people) :

Personne dans le monde ne marche du même pas

Et même si la Terre est ronde, on ne se rencontre pas

Les apparences et les préférencesOnt trop d’importance,

acceptons les différences

- C’est vrai 

Faut de tout, tu sais 

Faut de tout, c’est vrai 

Faut de tout pour faire un monde

Personne dans la vie ne choisit sa couleur

L’important c’est d’écouter son cœur

Si celui du copain est différent, très bien !

C’est le sien, tu as le tien et j’ai le mien

Alors tendons-nous la main

- Tu sais

  Faut de tout pour faire un monde

Oui c’est vrai, tu sais

 Faut de tout pour faire un monde !

Sol   Mim  Do   Ré

Sol   Mim   Do  Ré

 

Do   Sol   Do   Sol

Do   Ré   Sol   Sol

 

Do   Ré   Sol   Mim

Do   Ré   Sol   Sol

Do   Ré   Sol   Mim

Do   Do   Ré   Ré

Do   Ré   Sol   Mim

Do   Ré   Sol   Fa   Sol

 

 

[5] Il s’agit d’une clause de convention de stage provenant d’une université parisienne où cet article est le seul qui soit encadré et qui signifie donc que l’on doit y porter une attention toute particulière « ARTICLE 1- DISPOSITIONS IMPORTANTES - (…) 1.2 Rémunération : le stagiaire ne peut percevoir aucune rémunération au sens du Code du Travail et de la sécurité Sociale » (nous soulignons ici car il faudrait nous la recopier celle-là…). Lorsque l’on sait qu’il s’agit d’un stage obligatoire, nous n’avons pas ressenti dans ces moments de laborieuses recherches beaucoup de soutien, il faut le reconnaître. Nous ne sommes pas des cas isolés lorsque nous confions avoir été étudiants boursiers, salariés et parfois parents. Je vous laisse imaginer l’emploi du temps que cela représente. Comme nous sommes entrés dans une ère où le « quantifiable » est prôné, je me ferais ici un malin plaisir à effectuer un petit calcul : 25 à 30H de cours + 15H à 20H de stages + 10 à 20H de job salarié + 5 à 15H de transports (déplacements FAC/STAGE/TRAVAIL/DOMCILE, donc tout dépend des distances qui les séparent) + 15 à 20H de temps affectifs et éducatifs avec ses enfants = des semaines de 5 jours entre 70 et 105H potentielles… Ce qui représente un quota journalier de 14 heures minimum à 21 heures de temps actif ! Alors les week-end peuvent sévèrement être écourtés car dans ce calcul ne sont pas pris en compte les « devoirs » universitaires (travaux d’études divers, rédactions de mémoires, révisions des partiels…). Cet exemple vaut également pour bien d’autres filières d’études universitaires. Incontestablement. Nous exigeons également la « Médaille d’Honneur du travail » ou « pour actes de Courage et de Dévouement », ou encore d’être promulgués au rang de « Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres », que sais-je encore, Messieurs les  Ministres ! Ou tout ce que vous voudrez, reconnaissez simplement notre mérite tout de même ! Car « tout travail mérite salaire », n’est-ce pas? Zut, à la fin… Voilà chose faite.

[6] L’importance mutative du concept de trauma avec celui de clivage est au cœur du Journal Clinique (janvier – octobre 1932) de S. Ferenczi. Ce dont il s’agit ici pour Ferenczi, c’est de « réanimer » la partie clivée, « morte », qui, mise en hibernation, peut se trouver néanmoins dans « l’agonie de l’angoisse ». Le moyen de lever le clivage doit se faire par la capacité de l’analyste/du clinicien à pouvoir « penser » l’événement traumatique.

 


 


EVANGILE SELON FIOLEPSY[i]

Commentaires » 2

EVANGILE SELON FIOLEPSY[i] dans Chroniques Fesses-baroques-247x300

Prologue

 

Vedi Venezia e poi muori : « voir Venise et mourir »…

A l’origine, cette expression concernait la ville de Napoli, Naples, et serait un jeu de mot qui fait allusion à une ville qui se situerait au pied du Vesuve et nommée « Morire » (équivoquant la mort). D’autres font allusion à « Mori », une petite île près du port de Naples ou encore à une petite localité de la province de Trente portant le même nom et qui serait en réalité bien éloignée de Naples.

Il existe d’autres lieux mystérieux dont on ne connaît pas l’origine mais qui font parler d’eux, comme les héros de la mythologie. Nous les nommons souvent « mythes », « légendes » ou encore « fables ». Ces sujets sans « racines » ont un mérite : celui d’alimenter nos fantasmes et nos rêves…

Au début XXème siècle, apparurent des êtres étranges prétendant se soucier de l’esprit humain et de son discours. Ils en ont fait leur métier et se sont fait appelés les « psychologues ». Ils furent très présents durant des années, occupant les espaces privés et parfois nous les croisions sur la scène publique, relayant la connaissance de se qu’on désigne la « clinique ». Que sa quo ? Provenant du grec ancien κλίνω, klinô (« incliner, faire pencher ») et plus précisément du grec klinos qui signifie « le lit », la clinique désigne lieu qui se situe près « du lit »… Quel étrange lieu désigne ce terme ! Il existe des métiers qui s’exercent au lit? Quelle curiosité ? Mais alors, les péripatéticiennes seraient-elles également des psychologues ? Assurément que oui, défendraient farouchement quelques usagers[1] !

« Le plus vieux métier du monde » comme le dit l’expression populaire connaît ses aléas (c’est un euphémisme) mais n’en demeure pas moins présent dans la société et se perpétue durant les siècles des siècles… Ce qui ne semble pas être le cas, en ce début de XXIème siècle, de ces étranges praticiens que l’on nomme « psychologues ».

Della disparizione dei psicologi clinici : « de la disparition des psychologues cliniciens [2]»

Nous parlerons d’eux, afin que l’on se souvienne de leur tumultueuse existence, de leur courage et de leur foi face à l’adversité.

Fiolepsy.

 

 

 


[1] A discuter plus avant car je désigne les prostituées ayant pu en quelque sorte sublimer (au sens psychanalytique du terme, c’est-à-dire la pulsion au travail de la culture) leur activité et non contraintes et forcées. Et c’est avec tout mon respect que je me permets de les évoquer ici, sans préjugés. A ceux qui ne me comprennent pas, et bien, grand bien leur fasse !

[2] Titre d’un ouvrage collectif, sous la Direction de Patrick Ange Raoult : De la disparition des psychologues cliniciens, Luttes et conflit, L’Harmattan, Paris, 2004.


[i] Il n’y a pas de narcissisme exacerbé dans cette dénomination évangélique. L’Evangile, c’est-à-dire « la bonne nouvelle » est à entendre dans la continuité du titre proposé à cette chronique : « Etats des Pieux, ou la vertu des psychologues ». Il s’agit seulement d’un pied de nez aux personnes qui font encore l’amalgame entre les rôles des prêtres et des psychologues : tous deux sont écoutants et aidants mais ne traitent pas du même Sujet. Le premier est « gratuit » et conseille selon les valeurs de l’Eglise, tandis que le second est « payant » et analyse selon la réalité psychique de l’homme dans sa singularité, en excluant bien sûr tout jugement dernier, et considérera ce dernier comme une instance surmoïque parmi tant d’autres… Après, cela relève de la croyance de chacun !

Toujours est-t-il que le lecteur est averti d’absence de tout prosélytisme dans ces écrits. Voilà juste une référence culturelle, parmi tant d’autres… Ensuite, cela relève de la croyance de chacun !